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Wikipédia fête les 20 ans d’une belle et exigeante utopie

Par Nicolas Six

Publié aujourd’hui à 15h00

A cette époque, le dictionnaire était encore roi, et Internet encore en voie de démocratisation. Le 15 janvier 2001, une curieuse encyclopédie apparaît en ligne. Créée aux Etats-Unis par l’homme d’affaires Jimmy Wales et un jeune diplômé en philosophie, Larry Sanger, elle est accessible gratuitement et écrite par des bénévoles. On y trouve à ses débuts des articles sur l’histoire de la Bible, le naturalisme éthique, ou les Backstreet Boys.

Wikipédia est accueillie fraîchement. « Beaucoup de gens pensaient qu’il était déraisonnable de confier son écriture à n’importe qui », se souvient Dominique Cardon, directeur du médialab de Sciences Po. Le cofondateur de Wikipédia partage cet avis lorsqu’il quitte le navire, au début de 2003 : Larry Sanger se dit fatigué par les « trolls » et les « anarchistes » qui y sévissent. Il part fonder Citizendium, une encyclopédie contributive pilotée par des experts.

Wikipédia est devenu le quatrième site le plus visité en France

Vingt ans plus tard, Citizendium est moribonde, mais Wikipédia est devenu le quatrième site le plus visité en France, non loin derrière Google, Facebook et YouTube. Grâce aux smartphones, l’encyclopédie est accessible partout, à tout moment : l’utopie californienne, qui autorise n’importe qui à contribuer au savoir, et fonctionne sans actionnaires, est toujours debout.

Son corpus d’articles est devenu presque cent fois plus fourni que celui de l’Encyclopediae Universalis. Pour Dominique Cardon, Wikipédia a « élargi le domaine du savoir, touchant des thèmes auparavant négligés, comme les personnages de Pokémon. Les regards ont énormément changé. Il y a toujours des poches de résistance, mais Wikipédia est désormais accepté jusque dans l’éducation nationale, où il est devenu un outil pédagogique ».

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Un précieux « lieu commun »

Wikipédia fait figure de roc face aux maux qui minent les réseaux sociaux, critiqués depuis des années pour leur propension à rassembler les internautes uniquement par affinités idéologiques (l’effet « bulles de filtre »), favorisant des échanges où mûrissent les thèses complotistes ou pseudoscientifiques. A une époque où les espaces communs se raréfient, Wikipédia est tout l’inverse d’un mur Facebook : les internautes y lisent tous le même article. La terre y est ronde pour tout le monde, y compris les « planistes » américains.

A travers ses articles, le site contribue désormais à l’édification d’un minimum commun sur lequel on peut réussir à s’entendre

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