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Tournoi des six nations 2021 : victorieux en Irlande, les Bleus confirment leurs progrès

La joie des Français après leur victoire en Irlande, la première depuis dix ans.

Au rugby comme ailleurs, la fin d’une ère tient parfois à peu de chose. Un ballon qui trouve la barre, un crampon effleurant la ligne de touche annulant un essai adverse, ou une défense à toute épreuve. Dimanche 14 février, le XV de France a surmonté toutes les difficultés pour s’imposer en Irlande, après de dix ans de disette (15-13). Et conforter sa progression dans le Tournoi des six nations – dont les Bleus occupent, seuls, la tête, avec deux victoires en autant de matchs.

« Depuis dix ans, on prend des raclées ici, donc la victoire est belle », a savouré le centre français, Gaël Fickou après la rencontre. Le combat, le fut aussi, à défaut de la manière. « Honnêtement, c’est l’un des matchs les plus rudes que j’ai disputé. C’était la guerre de la première à la 80e minute », a constaté le capitaine Charles Ollivon, heureux d’avoir mené les siens à la victoire dans « une bataille féroce ».

D’autant que les affaires françaises étaient mal embarquées. Et au vu de la première demi-heure de la partie, difficile d’imaginer les Bleus virer en tête à la mi-temps. Dès l’une des premières actions du match, Brice Dulin voyait son coup de pied de renvoi être contré par un Irlandais. Entre les munitions égarées en touche, les fautes en mêlées ou dans les regroupements, et un carton jaune encaissé pour un croche-pied de Bernard Le Roux, les coéquipiers d’Antoine Dupont ont subi un tir de barrage de leurs hôtes. Et il ne s’en est fallu qu’au crampon de James Lowe, flirtant avec la ligne de touche – avec l’aide de Dulin en défense –, pour qu’un essai de l’ailier irlandais ne concrétise la domination du XV du Trèfle (25e minute).

« Comment a-t-on perdu ? » Capitaine d’un soir – en l’absence de Jonathan Sexton, mal remis d’une commotion –, l’Irlandais Ian Henderson n’a pas cherché d’excuses. « On n’a pas saisi les opportunités qu’on s’est procurées, et de son côté, la France l’a fait. » Car après avoir passé une demi-heure sur le reculoir, à devoir négocier une pluie de balles hautes expédiées au pied et devoir ferrailler chaque ballon face à un adversaire rugueux, les Bleus ont concrétisé leur première incursion dans les 22 mètres irlandais.

Un pragmatisme nouveau côté français

Pourtant chahutés dans les airs, les coéquipiers de Julien Marchand ont profité d’un bon lancement en touche pour mettre à mal la défense verte. Après un balayage du terrain, porté par des relais d’Antoine Dupont et Matthieu Jalibert, Gaël Fickou parvenait à passer les bras sur un plaquage, et servir Ollivon, ailier d’occasion. « Charles a un rôle de joker couloir. Il sait utiliser son potentiel de vitesse et peut libérer sa puissance », avait dévoilé Fabien Galthié à l’automne. Le capitaine français a confirmé ses dires dimanche, inscrivant le premier essai de la partie (29e).

Mais n’allez pas parler de « miracle » à Fabien Galthié. « Même réduits à 14, on leur a laissé peu d’opportunités, tranche le sélectionneur français, et le talent de nos joueurs a pu s’exprimer lors du mouvement menant à l’essai. Il n’y a pas de miracle, c’est la réalité. » Et une certaine idée du pragmatisme. « Les vingt premières minutes ont été intenses, c’était dur de reprendre son souffle, mais on s’est accroché », a soufflé l’homme du match, Brice Dulin, après la partie.

Après un début de seconde période plus équilibré, les Bleus ont à nouveau frappé sur un renversement de jeu, voyant Dulin, servi par Jalibert, offrir à une main un ballon d’essai à l’ailier Damian Penaud (55e). « C’est la force de cette équipe, profiter des pertes de balles adverses, a souligné Gaël Fickou. Dès qu’on a une opportunité, on va au bout. Et encore, on en a raté quelques-unes. » Avec un tapis de douze points d’avance (15-3) à un peu plus de 25 minutes de la sirène, les Bleus pouvaient voir venir. Mais sur un rebond capricieux – ici, Fabien Galthié valide le terme « miracle » – à la suite d’une touche irlandaise, le talonneur remplaçant Ronan Kelleher récupérait la balle et filait seul dans l’en-but (15-10). Comme un rappel qu’une partie en Irlande est aussi imprévisible que les rebonds d’une balle ovale.

Hachée, la fin de la partie a vu le XV du Trèfle, pas épargné par les blessures – trois joueurs ont été contraints de sortir simultanément sur protocole commotion – s’échiner à revenir à la marque. Sentant le souffle irlandais sur sa nuque – et se souvenant des nombreuses inversions de situation face au même adversaire –, la France aurait pu se simplifier la tâche si elle avait concrétisé quelques occasions, à l’image de la pénalité de Matthieu Jalibert, trouvant le poteau à huit minutes du terme.

Ces Bleus savent « gagner moche »

« La France a été redoutable d’efficacité, a salué Andy Farrell, le sélectionneur du XV du Trèfle, après la rencontre. Ils ont été suffisamment cliniques pour inscrire les essais dès qu’ils en ont eu l’occasion. Dans des grands matchs comme ça, qui se jouent à des petites marges, tu dois saisir les opportunités. » S’il est bien trop tôt pour asséner que la victoire en terre d’Irlande aboutira à un sacre français dans quelques semaines, elle marque un jalon dans la progression de l’équipe de France. Désormais, ces Bleus savent « gagner moche ». Plier sans rompre.

« C’est un match qu’on aurait pu perdre l’an passé, mais on progresse », a souligné Grégory Alldritt, auteur d’une nouvelle performance de haut vol. Il y a un an, avant que la pandémie liée au nouveau coronavirus ne mette le Tournoi sur pause, l’Ecosse avait ainsi douché les ambitions de Grand chelem françaises (28-17). « Ce n’est pas notre plus beau match, a confirmé Gaël Fickou. Mais on n’est pas là pour faire des beaux matchs. Gagner en Irlande, peu d’équipes y parviennent. » Le centre français de 26 ans, qui fêtait sa 60e cape dimanche, a connu son lot de désillusions face au jeu implacable des Irlandais. « Malgré un début difficile, l’équipe a réussi sans s’affoler à rectifier le tir petit à petit et ensuite à terminer proprement », a salué Fabien Galthié.

Il y a un an, l’équipe de France avait éteint les chœurs gallois en venant s’imposer dans leur antre de Cardiff. Ce groupe vient d’épingler Dublin à sa liste – même en l’absence du bouillant public irlandais –, en l’emportant « à l’irlandaise », et savoure d’autant plus qu’ils se savaient attendus. « L’an passé on a profité d’un petit effet de surprise », reconnaît Gaël Fickou. Et voilà que Twickenham se profile sur leur route, dans un mois. Avec un an de plus au compteur, les Bleus refusent de s’emballer. « Ce soir on a gagné un grand match, mais on reste mesurés car on n’a rien gagné encore », insiste Matthieu Jalibert. Sinon le droit d’aborder la prochaine rencontre, à Paris face à l’Ecosse le 28 février, dans le fauteuil de leader du Tournoi.

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