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Tournoi des six nations 2021 : la symphonie inachevée du XV de France

La haie d’honneur, où le vainqueur célèbre le perdant, a vu l’Ecosse féliciter les Français. Le XV du Chardon ne s’était jamais imposé à Paris au XXIe siècle.

Une partition inachevée. Le XV de France n’a pas fini son match, pas contrôlé son destin. Renversés sur le fil par de pugnaces Ecossais, vendredi 26 février, les Français ont goûté à leur tour au mets qu’ils avaient servi au Pays de Galles six jours auparavant : une défaite sur un essai encaissé au-delà du temps réglementaire (23-27). Pour ne pas avoir voulu – ou su – se satisfaire d’une victoire laborieuse, après ne pas avoir pu engranger le quota de points nécessaires à une victoire dans le Tournoi des six nations, les coéquipiers de Charles Ollivon quittent la compétition sur une deuxième courte défaite en cinq matchs. Un épilogue de rencontres à l’image du millésime 2021 du Tournoi des Bleus. Des promesses, avec un fort goût d’inachevé.

Revivez la rencontre : Battu sur le fil, le XV de France échoue à remporter le Tournoi des six nations

« C’est dur à encaisser de perdre comme ça », a reconnu Fabien Galthié après la rencontre. Comme ses joueurs, le sélectionneur français pensait avoir gagné le match, quand, au-delà de la sirène, Brice Dulin s’est retrouvé balle en main au terme d’une offensive écossaise, en n’ayant plus qu’à expédier l’ovale en touche pour achever la partie. La France aurait alors terminé le Tournoi sur une courte victoire (23-20), à défaut de décrocher le titre. « On se dit que le match est terminé et qu’on a gagné. Mais finalement non, il faut à nouveau défendre et ils finissent par l’emporter », a déploré le technicien français, sans blâmer l’arrière rochelais.

« On est un peu assommés, a assuré le troisième ligne Grégory Alldritt. On a essayé d’aller chercher plus que la victoire et on finit avec un match perdu. » A trop vouloir en faire, une ultime vague écossaise a abouti à l’essai en coin de l’ailier Duhan Van der Merwe, et définitivement douché les Bleus, saoulés de pluie et de balles hautes toute la soirée. Eux qui espéraient l’emporter en inscrivant quatre essais et avec 21 points d’écart, pour ôter le trophée des mains galloises, ont échoué. Venus « combattre le feu par le feu », les hommes de Gregor Townsend ont répondu présents face aux lignes arrières françaises, dans cette « finale » décalée en raison des contaminations au Covid-19 dans les rangs tricolores.

Des Bleus toujours à la limite

Si le capitaine français, Charles Ollivon, avait le week-end passé réfuté l’image d’une « pièce jetée en l’air qui tombe du bon côté » pour analyser leur victoire in extremis face aux Gallois, les trois dernières semaines ont ressemblé à des montagnes russes pour les Français. Défaite sur le fil en Angleterre (20-23), XV du Poireau dépassé au-delà du temps réglementaire (32-30) puis l’éclipse écossaise vendredi. Avant cela, les Bleus avaient dû défendre d’arrache-pied dans les ultimes instants à Dublin pour conserver leur court avantage (15-13). « Dans ce Tournoi, toutes nos confrontations ont été très intenses et se sont presque toutes jouées sur la dernière action », a relevé Fabien Galthié.

A l’image de ses partenaires, Gaël Fickou n’est pas parvenu à se sortir de la nasse écossaise.

A l’exception du confortable voyage en Italie initial (50-10) – la Squadra Azzura n’est guère à la hauteur des cinq autres nations –, le XV de France a toujours flirté avec la limite de la bulle. Comme le groupe français a louvoyé avec les règles sanitaires en cours de Tournoi. Dédouanés de toute infraction aux règlements de la compétition en dépit d’escapades avérées hors de « la bulle qui n’est pas une bulle, mais un protocole » – la formule est du président de la Fédération française de rugby (FFR), Bernard Laporte – et d’une éruption de Covid-19 au sein du groupe (seize cas dont le sélectionneur et le capitaine), les Bleus de Galthié s’en sont tirés à la faveur d’un règlement laissant une large part à l’interprétation.

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En seconde période, vendredi, alors que les Ecossais évoluaient à 14 à la suite d’un carton jaune, les Bleus ont quelques instants espéré une fin de match épique, qui les aurait vus conclure leur Tournoi par une symphonie d’essais. Mais en dépit de trois essais inscrits, les solistes Antoine Dupont ou Brice Dulin n’ont pas brillé, bouclant une compétition réussie sur un goût d’inabouti.

Digérer les contrariétés pour grandir

Paradoxalement, cette sensation d’inachevé est partagée par les bourreaux des Bleus. Bien que victorieuse à Paris pour la première fois depuis 1999 – à l’époque, le Tournoi ne comptait encore que cinq nations –, l’Ecosse à elle aussi laissé poindre ses regrets. « On veut être une équipe cohérente et difficile à battre, et notre parcours ces dernières années le montre, a salué le sélectionneur Gregor Townsend. Mais on aimerait bien engranger des titres et c’est frustrant de ne pas se battre pour la victoire depuis deux ans. »

Nouveau poil à gratter du Tournoi, le XV du Chardon l’a successivement emporté à Cardiff à l’automne en clôture de l’édition 2020, à Twickenham début février, puis à Paris vendredi. Des premières depuis respectivement 2002, 1983 et 1999. Mais les Ecossais ont pêché à domicile, renversés par les Gallois – en supériorité numérique – puis par l’Irlande, et n’ont pu disputer la victoire dans la compétition. Redevenue une nation majeure en Europe après des années à se battre avec l’Italie pour éviter la cuillère de bois (dévolue à l’équipe qui perd tous ses matchs), l’Ecosse aussi regarde vers le haut.

Malgré cette défaite, et alors que le rideau tombe sur une édition riche en dénouements renversants – sur le pré comme dans les consignes sanitaires –, le bilan est loin d’être noir pour les Bleus. « On a plutôt fait un bon Tournoi, élabore Gregory Alldritt. Mais on est tombés sur une équipe galloise qui en a fait un encore meilleur que nous. » Imbibés du mantra de Galthié – « gagner des matchs et des titres, vite » –, les Bleus ne se satisfont désormais plus de cette progression inaboutie. « Il y a des détails à régler, une somme de petits grains de sable à ôter, pour ne plus finir à cette deuxième place dont on ne veut plus », insiste Dylan Cretin. Car 2023 et sa Coupe du monde à domicile se rapprochent à grands pas. Après le temps des promesses, il leur faut aborder celui des contrariétés. Comme les premières mesures de leur vie d’après. « On va apprendre de ce scénario cruel et il faut qu’on revienne plus forts, lance Charles Ollivon. On sait d’où on vient et on va repartir au boulot. Ça va nous faire grandir. » Se réinventer sans jeter aux orties les progrès réalisés. Pour éviter de rester bloqués sur ce sentiment d’inachevé.

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