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« Si tu fais un mètre de plus, il t’ouvre la tête » : un scrutin présidentiel sous haute surveillance en Ouganda

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Des électeurs sont assemblés à Kampala, la capitale ougandaise, pour assister à l’ouverture des urnes, jeudi 14 janvier, jour d’élection présidentielle.

Kampala est méconnaissable. La capitale ougandaise, d’ordinaire fourmillante, a des allures de ville fantôme. Comme si subitement, la politique avait mis sous cloche toute l’activité économique de la ville, désormais entre les mains des forces de sécurité. Les unités de policiers en tenue antiémeute y sont omniprésentes pour s’assurer que le scrutin présidentiel qui doit départager jeudi 14 janvier les quelque onze candidats en lice ne dérape pas.

« Si tu fais un mètre de plus, il t’ouvre la tête. Ce sont des soldats. Ils peuvent t’accuser de transporter des armes pour déstabiliser l’élection », murmure un chauffeur de bus, arrêté devant l’une des barrières qui quadrillent la ville. Une mise en garde qui vise surtout les partisans de Robert Kyagulanyi, alias Bobi Wine, chanteur populaire devenu député en 2017 et principal adversaire du président sortant Yoweri Museveni. L’indéboulonnable autocrate brigue un sixième mandat à la tête du pays qu’il dirige depuis trente-cinq ans. Il n’a pas lésiné sur les moyens pour l’emporter.

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Depuis mercredi 13 janvier au soir, l’accès à Internet est largement perturbé dans le pays. La veille, les autorités avaient officiellement suspendu les réseaux sociaux et les services de messagerie. Une coupure intervenue après des semaines de campagne électorale émaillée de violences, d’arrestations et d’émeutes qui ont fait plusieurs dizaines de morts. « Nous ne pouvons tolérer l’arrogance de quiconque vient décider pour nous de ce qui est bien et de ce qui est mal », avait expliqué Yoweri Museveni dans son allocution télévisée.

« Dégager un dictateur »

Jeudi, Kampala et ses 3,6 millions d’électeurs – sur un total de 18,1 millions dans le pays –, se sont réveillés sous haute surveillance. Au déploiement massif de policiers et de militaires s’ajoute le système de vidéo de la multinationale chinoise Huawei, qui équipe la police ougandaise de son système controversé « Safe City » prisé par les régimes autoritaires. Un cadenassage qui n’a pas empêché les files d’électeurs de s’étirer tout au long de la journée, un peu partout dans la ville.

Andrew, 23 ans, n’a connu que Museveni, comme la majorité des habitants de l’Ouganda. Le jeune homme votait pour la première fois. Un geste historique, à l’entendre. « Nous sommes en train de dégager un dictateur », glisse-t-il avec un sourire après avoir déposé son bulletin dans l’urne. Il est sommé par la police de partir. Interdiction de s’attarder près des bureaux de vote.

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« Nous sommes en train de dégager un dictateur ». La formule, bravache, est devenue l’un des slogans de campagne de Bobi Wine et un mot-clé viral sur les réseaux sociaux en Ouganda. Mais il en faudra plus pour renverser Yoweri Museveni et son parti hégémonique, le Mouvement de résistance nationale (NRM). « Le président (…) est sûr de gagner. Mais il acceptera le résultat des élections du moment qu’elles sont libres et justes », a assuré à l’Agence France-Presse le porte-parole du chef de l’Etat, qui a voté en fin d’après-midi dans l’ouest du pays, à Kiruhura.

Doutes sur la transparence du scrutin

A 76 ans, l’ancien guérillero marxiste devenu autocrate compte surtout sur l’électorat des régions rurales pour s’imposer, alors que son principal opposant cristallise l’espoir d’alternance d’une partie de la jeunesse, dans un pays où près de trois quarts de la population a moins de 30 ans. Une pyramide des âges qui ne devrait toutefois pas permettre à Bobi Wine d’arracher le pouvoir.

Mettant en avant les mesures de prévention contre le Covid-19, le régime a interdit de nombreux meetings de l’opposition pendant la campagne. Les semaines précédant le scrutin ont été marquées par des arrestations d’opposants, des tirs de gaz lacrymogènes et parfois de balles réelles.

Si la journée de vote de jeudi s’est déroulée dans le calme, de sérieux doutes pèsent sur l’équité et la transparence du scrutin. Les Etats-Unis ont fini par annuler la venue d’une mission d’observateurs. Des journalistes et des membres de la société civile ont été empêchés de travailler par les forces de sécurité. Bobi Wine, qui assure que plusieurs observateurs électoraux de son parti ont été arrêtés dans la matinée, a dénoncé les dysfonctionnements de certaines machines biométriques utilisées pour vérifier l’identité des votants.

Soucieux d’éviter que la situation ne s’enflamme, le secrétariat général de l’ONU a appelé les deux camps « à ne pas recourir aux discours haineux, aux intimidations et à la violence ». D’après la commission électorale ougandaise, les résultats devraient être connus « dans les quarante-huit heures ».

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