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« Si j’arrive à faire trois heures par jour pendant les vacances, ce sera déjà bien » : le blues des saisonniers des stations de ski

Sa cabane éphémère est installée sur la grande place de l’église, à deux pas de la mairie de La Clusaz (Haute-Savoie). Il paraît que cette Bretonne y fait les meilleures crêpes et les meilleures gaufres de la chaîne des Aravis, chaque hiver et chaque été, soit six mois dans l’année. Mélodie Friboulet a 30 ans, deux enfants. Elle est chef d’entreprise et aussi saisonnière, depuis quatre ans, toujours à la même place. C’est cette cabane qui la fait vivre à l’année. En hiver, environ 350 crêpes et 250 gaufres sont vendues à emporter chaque jour, en plus des galettes et autres douceurs. Mais cette année ?

« On ne sait pas vraiment où l’on va. Je vais faire une première semaine puis on verra. Ce sera peut-être la première fois que je fêterai Noël avec ma famille depuis que j’ai 15 ans. » La trentenaire garde le sourire, comme dans une sorte de confiance prudente que beaucoup avaient perdue après la dernière allocution télévisée d’Emmanuel Macron, mardi 24 novembre, dans laquelle le président de la République estimait que les remontées mécaniques ne devaient pas rouvrir.

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Mme Friboulet a d’ailleurs embauché un salarié pour l’hiver. Elle sait aussi que, pour d’autres, la situation est « pire » : « Certains ont tout perdu du jour au lendemain. Moi, j’arrive encore à m’en sortir. » Son conjoint vit aussi du tourisme de la neige, en travaillant dans un snowpark à La Clusaz. Ensemble, ils bénéficient d’un logement HLM. Un luxe pour des saisonniers.

« Personne n’a de visibilité »

Difficile de savoir exactement combien sont ces travailleurs qui font chaque année tourner les stations de ski. La CGT évalue leur nombre entre 100 000 et 120 000 dans les trois principaux départements alpins, dont 35 000 à 40 000 en Haute-Savoie. Le Groupement national des indépendants hôtellerie et restauration (GNI) estime, lui, à 60 000 le nombre de saisonniers travaillant habituellement dans son domaine sur l’ensemble du massif alpin.

Dans une station comme celle où évolue Mélodie Friboulet, ils sont environ 1 000 tous domaines confondus, dont 500 n’habitent pas le secteur à l’année, selon la mairie, alors que la commune compte un peu plus de 1 700 habitants.

C’est pour ces saisonniers venus d’ailleurs que l’interrogation est aujourd’hui la plus forte, les remontées mécaniques étant fermées au moins jusqu’au 7 janvier. Ils sont d’ailleurs peu présents aujourd’hui dans les stations. « Personne n’a réellement de visibilité, donc on n’engage pas de mesure d’accompagnement », explique Ingrid Maataoui, de l’Espace saisonniers pays du Mont-Blanc, chargé, depuis Chamonix, de les soutenir au quotidien durant leur saison.

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