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Séparation des Daft Punk : pour la presse étrangère, un hommage unanime et un « deuil collectif »

Le duo, formé par les Français Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, a annoncé sa séparation, lundi 22 février.

Alors que leur nouvel album se faisait attendre, Daft Punk, le duo électro le plus célèbre au monde, formé par les Français Thomas Bangalter, 46 ans, et Guy-Manuel de Homem-Christo, 47 ans, a pris tout le monde de court, lundi 22 février, en annonçant sa séparation.

Un clap de fin – après vingt-huit ans de collaboration – présenté dans une vidéo d’un peu plus de huit minutes publiée sur leur compte YouTube et sobrement titrée Epilogue. La nouvelle, confirmée par leur collaboratrice Kathryn Frazier, a fait l’effet d’une bombe dans la presse internationale tant ce tandem iconique de la French touch a gagné un statut planétaire.

Fidèles à leur habitude, juge le quotidien madrilène ABC, les Daft Punk ont annoncé leur séparation « avec grandeur et originalité » par le biais de cette vidéo qui reprend des scènes extraites de leur film Electrorama, sorti en 2006 et qui mettait en scène le duo, sous l’apparence de deux robots, dans le désert. La tension culmine jusqu’à l’explosion d’un des androïdes, avant que s’affiche à l’écran « 1993-2021 ». Ainsi, on ignore si « cela signifie que son partenaire continuera à faire de la musique en solo », selon ABC. Pour le quotidien colombien El Espectador, qui consacre à la nouvelle un article sous forme de nécrologie, avec l’annonce de cette séparation, c’est en tout cas « une période brillante [qui] s’achève ».

Lire aussi le récit : « L’épilogue » des Daft Punk, pionniers de la French touch, après trois décennies de tubes

Le site de Variety, un magazine américain dédié à l’industrie du spectacle, salue ainsi « l’un des groupes les plus influents et les plus populaires à avoir émergé au cours des trente dernières années ». Le journaliste musique Jem Aswad ajoute même que leur premier album, Homework (1997), est « l’un des meilleurs » de ceux sortis au milieu des années 1990, période faste de la musique électro française (Air, Dimitri from Paris, Etienne de Crécy…).

Mais est-ce vraiment la fin des Daft Punk ? Rien n’est moins sûr. Pour Variety, « il est probable, compte tenu de l’histoire du groupe, connu pour son anticonformisme, qu’ils continueront à sortir de la musique, des vidéos et tout autre projet qui leur plairait. Il est même possible que cette annonce soit le début d’un nouveau projet ».

« Une marque indélébile dans le paysage pop »

Interrogé par la radio publique américaine NPR (National Public Radio), le critique Simon Reynolds n’est pas vraiment de cet avis car, selon lui, le groupe semble ne plus avoir de nouvelles pistes musicales à explorer. Leur dernier album, Random Access Memories, marque la fin d’un parcours artistique : ils ont commencé en réutilisant des samples tirés de musiques disco des années 1970 et 1980, pour ensuite créer leur propre musique, explique en substance Simon Reynolds. « Que pourraient-ils faire ensuite ? », demande-t-il.

Le Huffpost, qui rappelle que le duo d’androïdes a remporté de nombreux Grammy Awards – dont cinq pour leur album Random Access Memories (2013) – publie une sélection de messages de fans éplorés qui regrettent ne pas pouvoir profiter du groupe « one more time » (« encore une fois »), en référence à l’un de leurs morceaux phares. Un clin d’œil également repris par Vulture, qui titre : « Daft Punk se sépare, et nous implorons encore une fois”. »

Lire aussi « C’est toute la magie de Daft Punk : ils jouent un rôle de passeurs avec une grande poésie »

De son côté, la radio publique britannique BBC s’attarde davantage sur la patte artistique des deux Frenchies : leur deuxième opus, Discovery (2001), « était presque délibérément anti-cool, imprégné de références au disco des années 1970 et aux crooners des années 1980. A un moment donné, il a même samplé Who’s Been Sleeping in My Bed, de Barry Manilow. Mais le groupe a coupé, collé, filtré et réassemblé ces sons pour créer de nouvelles chansons audacieuses, avec un sens de l’amusement et de la mise en scène qui fait souvent défaut à la dance mucic ».

Selon Rolling Stone, Daft Punk « a laissé une marque indélébile dans le paysage pop mondial, mais surtout en Amérique ». Dans les années 2000, leurs morceaux, en particulier Harder, Better, Faster, Stronger (2007), « a contribué à poser les fondations du boom de l’EDM [electronic dance music, la branche la plus populaire de la musique électro] qui allait secouer la pop aux Etats-Unis au début des années 2010 ».

Le site américain de critique musicale Pitchfork rend, de son côté, hommage à un groupe « légendaire », qui laisse derrière lui « certaines des chansons de danse et de pop les plus populaires jamais réalisées ». Pour le journaliste spécialisé Jazz Monroe, Bangalter et Homem-Christo ont tout simplement « contribué à définir la French touch de la musique house ». Il ajoute qu’« au-delà des morceaux, leur identité visuelle, leur mystique interstellaire et leur esprit de fête ont inspiré des générations d’artistes en tous genres ».

Le magazine britannique NME (New Musical Express) met aussi en avant la « carrière extrêmement influente » des deux « icônes parisiennes ».

« Les Français font mieux que nous »

« La fin des Daft Punk nous concerne tous », titre la version italienne de Rolling Stone. « Leur séparation est un deuil collectif qui transcende les goûts, les tribus, les factions », poursuit le site transalpin, qui estime que le groupe « n’a jamais été futuriste » : « Il a construit un présent pérenne ». De son côté, le quotidien Il Fate Quotidiano remonte même jusqu’à la Guerre de Cent ans pour mettre en perspective la conquête anglo-saxonne du duo français… Quant à Il Sole 24 Ore, il s’incline devant la supériorité hexagonale : « Les Français font mieux que nous. (…) On parle du mash-up entre rock et électronique, genre dans lequel, depuis Monsieur Jean-Michel Jarre, ils ont quelques longueurs d’avance… », affirme le quotidien milanais, qui salue le « duo de musique électronique le plus important depuis trente ans ».

La presse allemande pleure elle aussi leur séparation. « C’est la fin d’une époque, déplore le quotidien Die Zeit. Et tous ceux qui se sentaient encore jeunes aujourd’hui grâce à Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont désormais vieux. » Après avoir d’abord titré son article « Nos robots préférés » (« Die Lieblingsroboter »), le site du quotidien Süddeutsche Zeitung s’émeut d’un « Adieu les deux » en français. « Les Daft Punk ont rompu, ils sont partis. Après presque trente ans. Chaque piste de danse entre Sao Paulo et Tubingue [dans le Land du Bade-Wurtemberg] est maintenant en deuil. Qui remplit le vide ? »

En Finlande, dans une chronique publiée sur le site du Helsingin Sanomat, le plus grand quotidien du pays, le journaliste Aleksi Kinnunen se rappelle la performance des Daft Punk en 2006 au festival Coachella, en Californie. Le groupe avait « présenté sa célèbre scène de pyramide lumineuse inspirée par les vaisseaux spatiaux ». Le moment « est considéré comme le point de départ du boom de la musique électronique dance des années 2010 (…). C’est drôle parce que je suis parti au milieu de ce qui allait devenir le concert le plus le célèbre du millénaire : j’étais davantage attiré par l’idée de dormir dans une tente sous le ciel étoilé (…). Après tout, je n’étais qu’un être humain, pas un robot qui fait la fête ».

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