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Rencontre | Pour la Nobel de médecine, Françoise Barré-Sinoussi, « la recherche, c’est un peu comme entrer au Carmel »

Par Solenn de Royer

Publié aujourd’hui à 01h23, mis à jour à 12h09

Prix Nobel de médecine en 2008, la virologue Françoise Barré-Sinoussi a codécouvert le virus du sida en 1983. Cette chercheuse discrète et exigeante, qui préside l’association Sidaction depuis la mort de Pierre Bergé, a fait toute sa carrière à l’Institut Pasteur. A 73 ans, elle est désormais à la retraite. Au début de l’épidémie de Covid-19, elle a été chargée de conseiller le gouvernement sur les traitements contre le coronavirus, à la tête d’un éphémère Comité analyse recherche et expertise (CARE).

Je ne serais pas arrivée là si…

… Si je n’avais pas été attirée par les sciences du vivant quand j’étais gamine. A l’école, j’apprenais très vite et facilement tout ce qu’on nous enseignait en sciences naturelles, alors que j’étais très mauvaise en philosophie ou en langues. J’étais une enfant timide et réservée. Mes parents m’emmenaient en vacances en Auvergne, je passais des heures à regarder la montagne, les animaux, les insectes… J’aimais observer, me poser des questions, essayer de comprendre. Je ne savais pas ou cela me mènerait. Mais c’était une puissante attraction.

Vos parents ont-ils joué un rôle dans cette passion pour le vivant ?

Il n’y a ni chercheur ni médecin dans ma famille. Mon père était métreur vérificateur dans le bâtiment. Il a perdu son père très tôt des séquelles de la guerre. Sa mère a élevé seule quatre enfants, tout en confectionnant des colliers, la nuit, pour vivre. Du côté de ma mère, mon grand-père était charbonnier et ma grand-mère travaillait dans une usine de fromage. Ma mère, elle, n’a pas travaillé. Elle aussi a toujours été très attirée par les sciences naturelles. A-t-elle eu une influence sur moi ? Je ne sais pas. En tout cas, elle a toujours été d’un grand soutien. Je suis fille unique. En dépit du contexte économique difficile, j’ai toujours été gâtée. J’ai été élevée avec des valeurs humaines à respecter. L’attention aux autres et l’honnêteté comptaient beaucoup pour mes parents.

Comment, et quand, vous êtes-vous dirigée vers la science ?

J’ai écarté d’emblée la médecine, estimant que ces études longues et coûteuses seraient un poids trop lourd pour mes parents. C’était idiot parce que les études que j’ai faites à la faculté de sciences se sont révélées tout aussi longues ! Avant la licence, je me suis demandé si j’étais dans la bonne voie. J’avais des difficultés à passer les examens. Surtout, je ne voyais pas le lien entre ce qu’on nous enseignait et la recherche. J’ai hésité alors à entrer dans une école de technicien de laboratoire mais on m’a encouragée à continuer la fac. J’ai mis une condition : travailler en même temps dans un laboratoire pour comprendre enfin l’utilité de ce qu’on nous apprenait.

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