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Plainte en Allemagne contre la répression biélorusse « bestiale »

Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, assiste à une réunion avec le président du conseil d’administration de la Commission économique eurasienne, Mikhail Myasnikovich, à Minsk, en Biélorussie, le 30 novembre 2020.

Après la Syrie, la Biélorussie et sa répression « bestiale ». Dix opposants au régime d’Alexandre Loukachenko ont déposé plainte en Allemagne, dont la compétence judiciaire universelle permet de juger crimes d’Etat ou contre l’humanité où qu’ils se produisent. Ces opposants au régime du dirigeant biélorusse et à sa réélection contestée en août 2020 ont déposé une plainte pour des actes présumés de tortures systématiques, a annoncé mercredi 5 mai le parquet fédéral allemand, basé à Karlsruhe.

La répression policière déclenchée à l’été 2020 s’apparente selon eux à des actes de « torture d’Etat », potentiellement passibles de poursuites de la part de la justice allemande dans le cadre de sa compétence universelle. Le président Alexandre Loukachenko, qui dirige sans partage la Biélorussie depuis 1994, a été confronté pendant des mois à un mouvement de protestation historique contre sa réélection, jugée frauduleuse, en août dernier.

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Il a rassemblé des dizaines de milliers de personnes à de nombreuses reprises dans les rues de Minsk et d’autres villes avant de s’essouffler progressivement face à la répression constante des autorités. La plupart des figures de l’opposition ont été emprisonnées ou contraintes à l’exil.

Plus de 100 cas documentés de torture

« Le pouvoir d’Etat biélorusse a répondu par une violence massive et sans précédent, des tortures systématiques et d’autres abus », aux manifestations déclenchées le 9 août par l’opposition, jour de la réélection contestée de M. Loukachenko, déplorent les avocats des plaignants dans un communiqué.

« Depuis lors, le gouvernement en place réprime impitoyablement sa propre population civile », ajoutent-ils, dénonçant « des arrestations arbitraires, des persécutions pénales à motivation politique et d’autres formes de répression ».

Au total, les avocats « ont connaissance de plus de 100 cas documentés de torture d’Etat en Biélorussie ». « Les experts des droits de l’homme de l’ONU ont eux recensé jusqu’en septembre pas moins de 450 cas de torture. Le chiffre réel devrait être beaucoup plus élevé », soulignent-ils.

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Parmi les faits présumés visés par la plainte figurent des « arrestations pour des raisons futiles, des tortures et des mauvais traitements pendant les jours de détention », détaillent les avocats, égrenant en outre « violences physiques, humiliations, menaces, insultes et autres dégradations pendant plusieurs jours ».

Des privations de sommeil, de nourriture, de soins médicaux ou encore des « passages à tabac », qui ont eu de « graves conséquences sur la santé » des opposants, sont également cités dans la plainte. « Dans l’ensemble, le traitement de l’État ne peut être décrit que comme bestial », concluent-ils.

Précédent syrien

La justice allemande applique le principe de la « compétence universelle », qui permet de juger dans le pays qui l’applique toute personne pour les infractions les plus graves commises n’importe où dans le monde. L’Allemagne a ainsi mené des enquêtes et jugé d’anciens membres du régime syrien de Bachar Al-Assad, accusés d’actes de tortures ou de « crimes contre l’humanité ».

La justice avait pour la première fois condamné le 24 février à Coblence un ancien membre des services de renseignement syriens pour « complicité de crimes contre l’humanité ». Le verdict dans un autre procès contre un accusé syrien dont le rôle est considéré comme plus central dans le vaste appareil sécuritaire syrien pourrait être rendu à l’automne.

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Ce principe de « compétence universelle » est actuellement l’unique possibilité pour juger des forfaits perpétrés dans des pays où la justice n’est pas indépendante, en raison de la paralysie de la justice internationale. Il a permis l’arrestation en mars en Allemagne d’un Gambien soupçonné d’avoir participé à plusieurs assassinats dans son pays, dont celui d’un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP).

L’organisation Reporters sans frontières a également porté plainte contre le régime saoudien pour l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. « Nos clients attendent de l’Allemagne qu’elle s’engage à défendre les droits de l’homme universels dans le cas de la Biélorussie également », réclament les avocats des opposants biélorusses, déplorant que ni M. Loukachenko ni les membres de son appareil de sécurité n’encourent de poursuites judiciaires pour leurs « actes inhumains ».

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Le Monde avec AFP

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