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« Panama Papers » : cinq ans après, des milliards récupérés et plusieurs condamnations

En avril 2016, les « Panama Papers » lèvent le voile sur l’argent caché des plus riches dans les paradis fiscaux.

La déflagration secoue la Côte est des Etats-Unis à 14 heures précises, avant de se propager en quelques minutes aux quatre coins du monde. Le 3 avril 2016, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Le Monde et 107 médias internationaux publient simultanément les « Panama Papers », des centaines d’articles exhumant les avoirs secrets de chefs d’Etat, de milliardaires, de sportifs et de criminels dans les paradis fiscaux.

Une opération journalistique inédite qu’a rendue possible le lanceur d’alerte anonyme « John Doe », en transmettant un an plus tôt à un journal allemand des millions de documents confidentiels provenant d’un sulfureux cabinet d’avocats panaméen, Mossack Fonseca. « C’est un tremblement de terre. Ses répliques se feront sentir pendant des mois, voire des années », prédit, d’emblée, la chroniqueuse américaine Frida Ghitis sur la chaîne CNN.

Cinq ans plus tard, la page des « Panama Papers », une enquête collective récompensée par le prix Pulitzer et adaptée au cinéma par Steven Soderbergh, est encore loin d’être tournée. Le butin récupéré par les autorités fiscales à la suite du scandale ne cesse de grossir : au moins 1,36 milliard de dollars (1,15 milliard d’euros) d’impôts et de pénalités collectées, dont 185 millions de dollars ces deux dernières années, selon le dernier décompte de l’ICIJ (limité aux sommes rendues publiques par les gouvernements).

Rien qu’en France le fisc a déjà récupéré 126 millions d’euros en menant à bien 50 redressements sur la base de 519 contrôles fiscaux, selon un décompte qui pourrait encore croître. Cela place l’Hexagone dans le club des cinq pays à avoir, à ce jour, recouvré plus de 100 millions d’euros d’impôts et de pénalités grâce aux « Panama Papers », avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne et l’Australie.

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Dans les jours qui ont suivi les révélations du Consortium et de ses partenaires, quelque 80 pays ont ouvert des enquêtes judiciaires. Aujourd’hui encore, pas une semaine ne passe sans que le nom des « Panama Papers » ne ressurgisse dans l’actualité politique ou judiciaire – à Malte, au Pérou, ou encore en Suisse ou au Luxembourg.

Complexité des montages

Le cabinet panaméen au centre de l’affaire, Mossack Fonseca, a été contraint de fermer boutique en 2018. Ses fondateurs, Jürgen Mossack et Ramon Fonseca, n’ont passé que deux mois en détention dans le cadre du scandale de corruption brésilien Odebrecht. Mais ils font, depuis 2020, l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires allemandes, pour aide massive à l’évasion fiscale internationale et association de malfaiteurs, et seraient réfugiés dans un pays à l’abri du risque d’extradition.

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En France, les 29 enquêtes judiciaires ouvertes sur la base des « Panama Papers » ont occupé une part substantielle du temps et de l’énergie du Parquet national financier (PNF), chargé d’enquêter sur les affaires financières les plus retentissantes. Après cinq années d’enquête et des dizaines de demandes d’entraide pénale internationale envoyées au Luxembourg, au Delaware (Etats-Unis), au Panama ou encore dans les îles Vierges britanniques, les magistrats du PNF continuent de travailler sur quatorze dossiers – « notamment des enquêtes impliquant des intermédiaires financiers, car ce sont les dossiers les plus complexes, où il est très difficile de prouver la culpabilité », explique un magistrat.

Devant la complexité de montages déployés sur plusieurs pays et caractérisés par l’empilement de sociétés offshore, telles des poupées russes, la justice n’a eu d’autre possibilité que de pousser la coopération internationale. Les « Panama Papers » ont ainsi donné lieu à de nombreux échanges, « bilatéraux et multilatéraux, formels et informels », selon les dires du PNF. Pour multiplier les chances d’aboutir, des réunions de coordination régulières ont ainsi été organisées au sein d’Eurojust (l’Agence de l’UE pour la coopération judiciaire en matière pénale), entre pays européens et en présence des autorités judiciaires panaméennes, tenues de coopérer.

« Les “Panama Papers” ont réveillé tout le monde »

A ce jour, le PNF a bouclé quinze dossiers : dix ont été classés sans suite, mais cinq se sont soldés par un « plaider-coupable » – une procédure accélérée permettant d’éviter une audience devant le tribunal. Ces cinq dossiers ont abouti à 3,47 millions d’euros d’amendes pénales, assorties de peines de prison allant de trois mois à un an avec sursis. Parmi eux, l’industriel de l’emballage Gérard Autajon, condamné en 2017, ou Marcel Hermann, ancien PDG d’un groupe de cliniques privées, condamné en 2020. D’autres pourraient suivre dès cette année.

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Mais le principal impact de l’enquête de l’ICIJ et ses partenaires a été politique. « Les “Panama Papers” ont réveillé tout le monde », estime Lakshmi Kumar, l’une des cadres de l’ONG américaine Global Financial Integrity, qui lutte contre les dérives financières. « Les “Panama Papers” ont fait office d’électrochoc. On le voit dans le discours politique, l’évasion fiscale n’est plus acceptable », ajoute Quentin Parrinello, porte-parole de l’ONG Oxfam France, dans un entretien à 20 Minutes.

Les améliorations en matière de transparence « ont largement profité aux pays les plus riches », nuance Attiya Waris, professeure de politique fiscale à l’université de Nairobi au Kenya

Liste européenne des paradis fiscaux, mesures contre l’anonymat des propriétaires des sociétés, renforcement de la responsabilité des intermédiaires et des peines contre les fraudeurs, coopération internationale… En cinq ans, les règles en matière d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent sale ont été considérablement renforcées, sous la pression conjuguée de l’opinion publique et des ONG nourries par les exemples des « Panama Papers ». « Nous sommes sur la bonne voie, veut croire Attiya Waris, professeure de droit et de politique fiscale à l’université de Nairobi, au Kenya. Pendant longtemps, le problème était que tout cela se passait dans des endroits opaques les gens n’en avaient même pas conscience. »

Toutefois, les améliorations en matière de transparence « ont largement profité aux pays les plus riches », nuance Mme Waris. La plupart des pays ayant mis en place des registres listant les véritables propriétaires des sociétés sont situés en Europe – alors que seuls trois pays africains disposent d’un tel registre, selon l’organisation Tax Justice Network. Les paradis fiscaux traditionnels comme le Panama ou les îles Caïmans se voient contraints par la pression internationale à renoncer progressivement à leurs pratiques les plus dommageables, mais d’autres centres offshore prennent le relais, à l’image des Emirats arabes unis, de Singapour ou de Hongkong.

Les nombreuses enquêtes menées depuis 2016 par l’ICIJ et Le Monde sur l’évasion fiscale et l’argent sale – « Paradise Papers », « CumEx Files », « Luanda Leaks », « FinCENFiles », « OpenLux »… – confirment que des failles béantes persistent dans les législations fiscales et financières, facilitant les dérives et les fraudes. Un constat que Lakshmi Kumar préfère regarder du bon côté : selon la chercheuse, la persistance des scandales financiers n’est pas un signe d’échec, mais sert d’aiguillon pour « nous indiquer ce que nous faisons bien et ce que nous faisons mal ».

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Appel aux dons de l’ICIJ

A l’occasion du cinquième anniversaire des « Panama Papers », le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) lance un appel aux dons pour l’aider à financer « le prochain “Panama Papers” ». L’ICIJ est une organisation indépendante à but non lucratif, financée par des particuliers et des mécènes, qui coordonne des investigations transfrontalières avec des médias partenaires à travers le monde.

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