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Mort d’un élève à Saint-Cyr : prison avec sursis pour trois militaires, quatre relaxés

« Je vous remercie d’avoir trahi mon frère, une fois de plus. Vous m’avez déçu », a réagi le frère de la victime, Rachid Hami.

« Décision d’apaisement » pour la défense, « trahison » pour la partie civile : le tribunal correctionnel de Rennes a condamné, jeudi 14 janvier, un militaire et deux anciens militaires et en a relaxé quatre autres, pour la noyade, en 2012, de Jallal Hami, élève officier de l’école de Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan).

La peine la plus lourde, huit mois avec sursis, a été infligée à Hugues Delvolve, qui était « colonel des gardes », l’un des plus hauts responsables du « battage » tragique. Une peine de dix-huit mois de prison avec sursis avait été requise à l’encontre de cet homme de 30 ans, aujourd’hui ouvrier agricole.

Le capitaine Marc Assier de Pompignan, 31 ans, qui était responsable élu de la promotion (« père système ») et avait reconnu sa responsabilité dans le drame, a, lui, été condamné à six mois de prison avec sursis, soit moins que les réquisitions (douze mois avec sursis).

Enfin, l’ancien chef de bataillon Hervé Wallerand, 49 ans, chargé des élèves de 2e année à l’époque des faits et aujourd’hui cadre dans le privé, a lui aussi été condamné à six mois de prison avec sursis. Le parquet avait requis deux ans avec sursis à son encontre. Les quatre autres prévenus ont été relaxés.

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« Vous m’avez déçu »

« Pour les personnes déclarées coupables, nous avons examiné leur implication, de la conception de l’atelier de transmission des traditions jusqu’à l’exécution de cet atelier », a expliqué le président du tribunal, Alain Kerhoas, en tentant de résumer un « jugement de 46 pages ».

« Marc Assier de Pompignan et M. Delvolve ont été présents du début à la fin. Quant à M. Wallerand, nous avons estimé qu’il avait connaissance du risque et qu’il avait commis une faute caractérisée, notamment l’absence de contrôle, qu’il avait un peu fermé volontairement les yeux », a détaillé le président. « Je rappelle que pour déclarer coupables les prévenus, il fallait déterminer non seulement une faute, mais une faute caractérisée : c’est le texte qui l’exige », a ajouté le magistrat, pour expliquer les quatre relaxes.

« Monsieur ! », l’a alors interpellé le frère de la victime, Rachid Hami. « Je vous remercie d’avoir trahi mon frère, une fois de plus. Vous m’avez déçu. » Un peu plus tard, M. Hami a dénoncé un « quantum des peines ridicule pour une vie », ajoutant que « ces audiences et ce jugement » lui laissaient « un goût amer ». Il a enfin dit espérer que le procureur, Philippe Astruc, ferait appel du jugement.

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Une « transgression » sur « fond de testostérone mal maîtrisée »

Dans son réquisitoire à la fin novembre, M. Astruc avait comparé les faits incriminés à une « bérézina », une « folie », une « transgression » sur « fond de testostérone mal maîtrisée ». Il avait requis des peines allant de trois mois à deux ans de prison avec sursis contre six des prévenus, et une relaxe, celle du général Francis Chanson, à l’époque chargé de la formation de l’école. De son côté, la défense avait plaidé la relaxe pour six des sept officiers poursuivis.

« C’était une rude bataille judiciaire, mais ce n’est absolument pas une victoire, pour personne, car on aura tous en première pensée la mémoire de ce garçon qui est mort », a réagi Me Lionel Béthune de Moro, dont le client a été relaxé, en saluant une « décision d’apaisement ». « C’est une décision qu’on attendait et qu’on espérait », a abondé Me William Pineau, avocat du général Chanson. « Mais ça reste un drame humain », a-t-il ajouté.

Jeune étudiant brillant, très sportif, le sous-lieutenant Jallal Hami, 24 ans, s’était noyé dans la nuit du 29 au 30 octobre 2012 durant une activité de « transmission des traditions », une sorte de bizutage qui ne dit pas son nom.

Sur le thème du débarquement des Alliés en Provence, les nouveaux élèves devaient traverser un étang à la nage, de nuit, sur une distance de 43 mètres, avec casques et rangers, dans une eau à 9 °C. Se jetant à l’eau tous en même temps, au son de la Walkyrie, de Wagner, de nombreux élèves s’étaient retrouvés en difficulté, buvant la tasse, s’agrippant les uns aux autres dans un embouteillage de nageurs. Des bouées avaient été lancées par les organisateurs pour extirper les élèves, avant que Jallal Hami, parti lors de la 2e vague, soit signalé manquant.

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Le Monde avec AFP

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