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#metoo, numérique, féminisation : la grande mue des majors de la musique

Par Aureliano Tonet et Laurent Carpentier

Publié aujourd’hui à 03h37, mis à jour à 15h10

En changeant de siècle, l’industrie du disque aurait-elle changé de logiciel ? Il est loin le temps où deux jeunes rappeurs, Passi et Akhenaton, lançaient, en 1997 : « Je veux rentrer dans les soirées (… ) Péter les pétasses à la pelle comme Eddie Barclay ». Le titre de leur hit ? Le monde est à moi. Il sonnait comme une bravade ; il résonne aujourd’hui, à l’heure où #metoo a modifié le sens des vents dominants, comme un glas.

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Derrière l’ascension de Passi s’affairait un certain Thierry Chassagne. Vif et massif, fonceur et dur en négo, pas toujours dans la finesse. Parti de rien, manageur d’un groupe de post-punk à Tours, il était monté à Paris et avait grimpé, à force de bagou, tous les étages des majors, ainsi qu’on appelle les plus grosses maisons de disques, Universal, Sony et Warner. Après seize ans à la tête de la branche française de cette dernière, Thierry Chassagne vient d’annoncer son départ, au 31 décembre. Il sera remplacé par Alain Veille, qui y chapeautait jusqu’ici le numérique.

L’archétype de l’hyper-patron est vieux comme le monde de la musique

Tout ici est symbolique. L’avènement des algorithmes, qui dictent de plus en plus les stratégies des labels. Comme le départ pour « raisons personnelles » de Thierry Chassagne, qui coïncide avec celui d’un autre baron de l’industrie, Benjamin Chulvanij, patron de Def Jam, un label d’Universal, lui aussi pour « raisons personnelles ». A la rentrée, leur comportement a été mis en cause plus ou moins directement par des témoignages anonymes sur le compte Instagram BalanceTaMajor : aucune plainte déposée, mais une simultanéité qui interpelle.

Grand ménage chez les majors ? « Ça bouge, se félicite Anaïs Ledoux, codirectrice du label Cry Baby et coorganisatrice du manifeste F.E.M.M. (Femmes engagées des métiers de la musique) lancé en 2019. Dans le métier, les garçons flippent comme des dingues. Ils s’appellent entre eux. Ils sont dans une introspection : “Et moi ?” Je trouve ça bien qu’ils tremblent tous un peu. »

Les vétérans vous le diront volontiers, l’archétype de l’hyper-patron est vieux comme le monde de la musique, et la culture des « couilles sur la table » solidement vissée. La voilà soudain qui vacille. Finis les tycoons qui faisaient la pluie et le beau temps, les Clive Davis, Tommy Mottola, Berry Gordy ou Walter Yetnikoff – ce dernier raconte, dans son autobiographie, comment il signa Bruce Springsteen ou Michael Jackson tout en carburant au demi-litre de vodka à l’heure du déjeuner. Exit les Pascal Nègre, dont les costumes et les manières horripilaient Vincent Bolloré lorsqu’il reprit Universal. Terminée l’ère des Eddie Barclay et du « péter les pétasses à la pelle ».

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