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Mayotte : les négociations France-Comores dans l’impasse autour de l’immigration illégale

Emmanuel Macron avec le président comorien Azali Assoumani, à l’Elysée, le 22 juillet 2019.

La crise sanitaire due à l’épidémie de Covid-19 avive les tensions entre le département français de Mayotte, dans l’océan Indien, et sa voisine l’Union des Comores. A tel point que le Comité franco-comorien de haut niveau, qui devait se tenir lundi 8 février à Paris, a été réduit à un simple échange entre le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, et son homologue comorien. Dans un courrier adressé le 1er février à M. Le Drian, les quatre parlementaires mahorais – deux députés et deux sénateurs –, le président du conseil départemental et le président de l’Association des maires de Mayotte avaient indiqué qu’ils n’y prendraient pas part, « au regard du climat actuel ».

Un climat marqué tout d’abord par l’afflux continu de migrants en provenance des Comores et, principalement, de l’île de Ndzouani (anciennement île d’Anjouan), la plus proche des côtes septentrionales de Mayotte. L’accord-cadre signé à Paris le 22 juillet 2019 par les deux ministres des affaires étrangères, et approuvé par Emmanuel Macron et le président comorien, Azali Assoumani, était censé ouvrir « une nouvelle dynamique de partenariat ». Il comportait un important volet de « lutte contre les trafics d’êtres humains ». Les autorités comoriennes s’engageaient à empêcher les départs de kwassa-kwassa (« canots de pêche ») transportant illégalement des passagers, à contrôler les ateliers de fabrication et à démanteler ceux concourant au trafic. En contrepartie, la France allait verser à l’Union des Comores une aide au développement de 150 millions d’euros sur trois ans.

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Un an et demi après, le bilan n’est pas à la hauteur des attentes. Sur l’ensemble de l’année 2020, 703 kwassa-kwassa ont été détectés par les moyens de lutte contre l’immigration clandestine déployés à Mayotte et 470 embarcations, soit les deux tiers, ont été interceptées, entraînant l’interpellation de 3 989 personnes, selon le bilan dressé début février par le préfet de Mayotte, Jean-François Colombet. Il reste 233 kwassa-kwassa repérés qui ont malgré tout réussi à gagner les côtes mahoraises et à débarquer leurs passagers et, surtout, ceux passés sous les radars.

Une forme d’impuissance de Paris

Alors que le centre de rétention administrative et les locaux annexes sont saturés, le président Assoumani a une nouvelle fois décidé, en 2020, de refuser pendant plusieurs mois le retour des ressortissants comoriens faisant l’objet d’une mesure de reconduite. La tension a pris un nouveau tour après les déclarations, le 29 janvier, du gouverneur de Ndzouani, Anissi Chamsidine, appelant les Comoriens à « prendre des kwassa-kwassa par milliers » pour rejoindre Mayotte. « On verra alors si la France nous bombarde avec ses bateaux de guerre », ajoutait-il. Paris demande des excuses officielles. Un durcissement du ton côté français qui ne peut masquer une certaine forme d’impuissance, sur fond de divergences au sein de l’appareil d’Etat.

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