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Macron, Hollande, Sarkozy : entre les présidents et leur père, une histoire compliquée

Par Vanessa Schneider et Solenn de Royer

Publié hier à 02h30, mis à jour à 12h31

La salle des fêtes de l’Elysée est pleine à craquer. Les trois cents invités attendent Emmanuel Macron, qui s’entretient à l’étage avec François Hollande, pour la passation des pouvoirs, ce 14 mai 2017. L’orchestre de la garde républicaine joue L’Apothéose de Berlioz. Les dignitaires de la République conversent sous les plafonds à caissons du salon. Brigitte Macron, en robe bleue, est entourée de ses deux filles, Tiphaine et Laurence. On ne voit qu’elles, les Auzière, cheveux blonds, silhouettes fines et élégantes, leur joie évidente, et l’excitation de leurs enfants. Il y a aussi leurs conjoints, et leur frère, Sébastien.

Guidé par les huissiers vers le carré de la famille, un ami du jeune président cherche en vain du regard le « côté Macron ». Il finit par apercevoir un homme de taille moyenne, les cheveux dégarnis et coiffés en arrière, avec un nœud papillon. Les bras croisés, celui-ci observe avec un air ronchon et amusé la valse des courtisans qui guettent le nouveau chef de l’Etat. L’invité, qui lui trouve une vague ressemblance avec « Emmanuel », vient se présenter à lui :

– Ça n’arrive pas à tout le monde d’être le père d’un président qu’on installe…

Non, sans doute, répond Jean-Michel Macron, glacial. Puis, regardant sa montre : « Vous savez si ça dure longtemps ? »

Un point commun, non des moindres

Macron, Hollande, Sarkozy, trois présidents, trois familles, trois univers différents, trois trajectoires singulières, mais un point commun et non des moindres : aucun n’a su trouver de relation véritablement apaisée avec son père. Une particularité qui interroge : être en conflit avec la figure paternelle permet-il de libérer plus facilement une ambition débordante pour atteindre le sommet de l’Etat ? Désirer ardemment être aimé du plus grand nombre, choisi, élu par son peuple, n’est-il pas une forme de réponse aux meurtrissures de l’enfance ? Estimer ne rien devoir à personne n’aide-t-il pas à mépriser les obstacles qui se dressent inévitablement sur la route du pouvoir ? Il est en tout cas permis de penser que ces trois histoires de père-fils-là – si différentes soient-elles – donnent certaines clés pour comprendre la construction de ces destins hors du commun.

« Oui, ce soir-là, j’étais heureux parce qu’Emmanuel a réussi à faire ce qu’il voulait faire. Il est entré dans l’histoire de France, ce n’est pas rien. » Jean-Michel Macron

Entre Emmanuel Macron et son père, il n’est pas question d’opposition frontale, mais d’une forme de distance et d’éloignement. Si Jean-Michel Macron, qui déteste les jeux de cour, n’a pas aimé la cérémonie d’investiture, sous les ors de l’Elysée, il a été saisi par l’apparition de son fils dans la nuit, au soir de la victoire, devant la Pyramide éclairée. Mais qui a remarqué l’émotion de cet homme discret et réservé au pied de l’estrade où l’élu allait prononcer son premier discours de président, à 39 ans ? Le fils, lui-même, a-t-il su que ce dernier avait pleuré en le regardant traverser l’esplanade du Louvre ? A-t-il deviné, derrière les airs rogues et caustiques de ce neurologue de 70 ans, sa fierté pudique ?

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