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« L’objectif de l’exécutif que tous les Français qui le souhaitent soient vaccinés d’ici à la fin de l’été est réalisable »

Mardi 6 avril, le vaccinodrome du Stade de France (Seine-Saint-Denis) accueille ses premiers volontaires, avec un premier objectif de 10 000 injections par semaine. Les hôpitaux d’instruction des armées français prévoient également d’augmenter leurs capacités d’accueil pour vacciner jusqu’à 50 000 personnes par semaine.

Notre journaliste Delphine Roucaute a répondu à vos questions sur la stratégie vaccinale du gouvernement.

Le Stade de France, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), transformé en vaccinodrome, le 6 avril 2021.
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Alex Térieur : Le vaccin AstraZeneca n’a pas bonne presse en ce moment et des centres n’arrivent déjà plus à se remplir. Que ce soit rationnel ou non, beaucoup de personnes préfèrent prendre le risque d’attendre un rendez-vous Pfizer que de se faire vacciner immédiatement avec de l’AZ. Cela ne risque-t-il pas de chambouler la stratégie vaccinale française (voire mondiale) ?

Les retours du terrain sont, pour le moment, très contrastés. Beaucoup de médecins témoignent du fait que près de 30 % de leurs rendez-vous vaccinaux AstraZeneca ont été annulés la semaine dernière. Des proportions qui peuvent se retrouver dans certaines officines de pharmacie. Pour autant, les professionnels de santé de la médecine de ville (essentiellement médecins et pharmaciens, mais aussi les infirmiers et infirmières qui ont désormais le droit de prescrire en plus d’injecter le vaccin) sont parvenus à administrer une très grande proportion de leurs doses, car jusque-là il y en avait très peu (un à deux flacons maximum par cabinet ou officine chaque semaine). S’il fallait résumer la situation : certes, la défiance à l’égard d’AstraZeneca s’installe, mais, comme on reçoit peu de doses, elles sont utilisées.

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Des personnes se font vacciner une dose de Pfizer-BioNTech, à Brest, le 6 avril 2021.

MrErreurLogistique : Je reste extrêmement choqué de cette impression d’absence de préparation sur cette campagne vaccinale.

En effet, c’est tout simplement le manque de doses jusqu’à présent qui a conditionné le calendrier d’ouverture de vaccinodromes. Pour Thierry Breton, le commissaire chargé du volet industriel de la stratégie européenne de vaccination, « le trou d’air que nous avons enregistré provient uniquement des défauts de livraisons d’AstraZeneca ». Au premier trimestre, le laboratoire n’a en effet fourni qu’un quart des commandes prévues à l’Union européenne. C’est d’ailleurs un sujet de discussion animé au niveau européen.

Vaccins contre le Covid-19 : suivez la progression en France et dans le monde

Question : J’ai 54 ans, j’ai reçu une première dose d’AstraZeneca par mon généraliste. Je me pose des questions sur l’éventuelle deuxième dose. Quelles seront les consignes pour les 50-55 ans vaccinés par AstraZeneca, qui ne doivent pas être si rares que ça ?

Vous n’êtes pas le seul à vous poser cette question. Toutes les personnes de moins de 55 ans vaccinées avec une première dose d’AstraZeneca (le ministre de la santé, Olivier Véran, en fait d’ailleurs partie) sont suspendues à l’avis que doit publier la Haute Autorité de santé (HAS) cette semaine. Faut-il une deuxième dose ? Avec quel(s) vaccin(s) ? Au bout de combien de semaines ? Ce sont autant de questions auxquelles l’autorité indépendante doit apporter des réponses. Nous vous tiendrons informés dès que son avis nous sera communiqué.

L’Hôpital d’instruction des armées Clermont-Tonnerre, à Brest, le 6 avril 2021

Lapounou37 : Pourquoi ne pas rendre la vaccination obligatoire ? Pourquoi une minorité d’antivax vont-ils ralentir la fin de cette épidémie ?

C’est une question qui pose des enjeux éthiques très importants. Elle est notamment débattue pour les personnels soignants, qui ont déjà l’obligation de se faire vacciner contre l’hépatite B, par exemple. Dans un avis rendu la semaine dernière, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) écrivait :

« Le CCNE rappelle l’exigence déontologique que représente la vaccination pour tous les professionnels de santé et les professionnels médico-sociaux et souhaitent que la dynamique positive de vaccination constatée se poursuive, voire s’accélère chez ces professionnels. ». Mais il alerte aussi « sur le fait qu’une obligation vaccinale – recevable sur un plan juridique ou du droit du travail – ne serait pas adaptée dans une situation de faible approvisionnement en doses de vaccins, ni dans un contexte d’évolutivité et d’incertitudes engendrant des situations d’incohérence et des décisions parfois contradictoires pouvant provoquer de fortes réactions négatives. »

Vous le voyez, la question est complexe et doit être débattue, notamment avec les premiers concernés. Quand on voit la difficulté à trouver une place dans certaines régions, j’avoue avoir du mal à comprendre pourquoi le gouvernement continue d’étendre la liste des personnes éligibles.

Guillaume : Ma mère, 74 ans, avec un cancer, n’a toujours pas réussi à trouver un rendez-vous. Et si chaque place disponible est prise par des personnes moins à risque, mais plus rapide sur le site Doctolib, cela peut durer des semaines.

Le problème que vous soulignez est important. Au début d’avril, près de 60 % des plus de 75 ans ont été vaccinés. Un bon chiffre, mais insuffisant pour permettre une couverture vaccinale de cette catégorie, qui constitue celle ayant le plus de risque de développer une forme grave de la maladie. L’exécutif a décidé d’ouvrir la vaccination plus largement (à tous les plus de 70 ans) car certaines régions faisaient remonter des difficultés à remplir tous les créneaux offerts à la vaccination dans les centres. Il s’agissait notamment de l’Ile-de-France, de la Bourgogne-Franche-Comté et de la Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Le ministère de la santé insiste toutefois sur le fait que la catégorie des 75 ans et plus reste ultra-prioritaire. C’est pourquoi un dispositif a été mis en place par l’Assurance-maladie pour appeler les personnes de cette catégorie qui n’ont toujours pas de rendez-vous, en leur donnant, notamment, un numéro coupe-file pour avoir un accès prioritaire en centre.

Un centre de vaccination est installé dans le vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines, à Montigny-le-Bretonneux, le 26 mars 2021.

Keorl : Dans quelles proportions les livraisons de vaccins vont-elles accélérer au cours des prochaines semaines ?

Pour vous donner une idée, la France a reçu environ 15 millions de doses en trois mois, depuis l’ouverture de la vaccination à la toute fin de décembre. Rien que pour le mois d’avril, on attend 12 millions de doses, et 15 millions en mai, notamment grâce à la montée en puissance de Janssen, mais aussi de Pfizer et Moderna. En juin, un nouveau cap devrait être franchi, avec plus de 25 millions de doses sur le mois. L’arrivée de CureVac prévue en juillet (mais pas encore confirmée !) devrait permettre une montée en puissance encore plus forte pendant les vacances d’été.

Iskandar : Ras-le-bol. La vaccination seule ne permettra jamais d’en sortir, on va encore longtemps vivre semi-confinés. Macron a failli, on ne peut pas vivre avec le virus, il doit être destitué avec l’article 68 de la Constitution.

Il est vrai que la vaccination seule ne permettra pas de s’en sortir. Il faut d’abord que l’on parvienne à maîtriser les contaminations, lors de cette troisième vague, et pour le futur. Toutefois, les professionnels de la santé s’accordent tous sur le fait que c’est la vaccination qui nous permettra de sortir la tête de l’eau.

L’objectif de l’exécutif, c’est-à-dire que tous les Français qui le souhaitent soient vaccinés d’ici à la fin de l’été, est réalisable au vu du nombre de doses attendues. Il faut désormais que les laboratoires tiennent leurs engagements, que l’on réussisse à produire plus de composantes des vaccins en Europe, a fortiori en France (plusieurs usines ont commencé à assurer la phase d’enflaconnage), et que le rythme suive dans les centres de vaccination et dans les officines et cabinets.

Papou57 : Expliquez-moi pourquoi je dois me faire vacciner si je n’ai ni comorbidité ni ne suis une personne à risque.

C’est ce qu’on appelle la solidarité vaccinale ! Si la vaccination reste cantonnée aux adultes, il va falloir atteindre des seuils de couverture vaccinale très élevés pour pouvoir revenir à une vie normale, c’est-à-dire sans gestes barrières ni restrictions. Sans cela, le virus va continuer à circuler à bas bruit parmi les populations développant des formes asymptomatiques (les enfants ou les populations jeunes en général), provoquant la résurgence ici et là de foyers épidémiques qui, s’ils ne sont pas éteints rapidement, pourront faire tache d’huile.

Se faire vacciner, ce n’est pas juste pour se protéger soi-même de la maladie et de la mort ; cela doit permettre à la société de reprendre un fonctionnement de la société sans le couperet de revenir aux gestes barrières qui nous entravent collectivement depuis plus d’un an.

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Le Monde

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