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Les Tchétchènes de France redoutent les expulsions

La police effectue une fouille au corps de Tchétchènes venus aux nouvelles de l’opposant Magomed Gadaïev, devant le centre de rétention administrative où il est détenu avant son expulsion vers la Russie, au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), le 8 avril 2021.

Quand la police a débarqué chez lui à l’aube, mercredi 26 mai, Anzor (le prénom a été modifié) n’a « rien compris ». Avec sa femme, il s’est retrouvé menotté dans la chambre, devant les enfants. « Les forces de l’ordre venaient chercher le fils de ma concubine », explique ce ressortissant tchétchène de 38 ans, en France depuis dix-sept ans, et qui vit dans le Bas-Rhin. Ce jour-là, quatre jeunes âgés de 16 à 18 ans ont été interpellés dans ce département et placés en garde à vue pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, soupçonnés d’avoir « préparé un projet d’action violente ». Ils seront finalement relâchés trois jours plus tard, sans poursuites.

Sur Anzor aussi, des soupçons pèsent. Les autorités veulent l’expulser en Russie, estimant qu’il représente une « menace pour l’ordre et la sûreté publique ». Réfugié politique en France après avoir fui la Tchétchénie, il s’est vu retirer son statut. Il n’a jamais fait l’objet de poursuites judiciaires, mais des « notes blanches » émises par les services de renseignement estiment qu’il fréquenterait des personnes radicalisées. Lui conteste : « Il n’y a aucune preuve contre moi. Mon pays, celui de mes enfants, c’est la France. » La commission d’expulsion du Bas-Rhin a donné un avis défavorable à son renvoi, le 27 avril. La préfecture doit encore décider de son sort.

Lire notre enquête : « Jusqu’à récemment, on arrivait à se fondre dans la masse » : le désarroi des Tchétchènes

Sur fond de lutte contre le terrorisme et de soupçons de radicalisation, les Tchétchènes de France – quelques dizaines de milliers de personnes au total – font face à une pression accrue des autorités ces derniers mois. Dans la foulée de l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par un jeune réfugié tchétchène, Gérald Darmanin a annoncé son intention d’intensifier les renvois des personnes originaires de cette république du Caucase dirigée par le dictateur Ramzan Kadyrov. Mi-novembre 2020, le ministère de l’intérieur s’est d’ailleurs rendu à Moscou pour discuter de la question avec ses homologues russes.

Darmanin a durci le ton

Depuis, Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme et le Comité Tchétchénie ont dénombré au moins une dizaine d’expulsions. Celle de Magomed Gadaïev, le 13 avril, a créé l’émoi au sein de la communauté. Ce Tchétchène de 36 ans, soupçonné de radicalisation islamiste par le ministère de l’intérieur, est connu pour être un opposant au régime de Kadyrov et être en danger de mort. « Nous n’avons, à ma connaissance, plus aucune nouvelle de lui depuis le 24 avril », rapporte son avocat, Me Arnaud Toulouse. Dès son arrivée en Russie, M. Gadaïev a été détenu par le FSB, les services de sécurité russes, puis transféré en Tchétchénie. Le Conseil d’Etat, saisi par ses avocats, a rejeté, mi-mai, l’annulation de son expulsion.

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