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Les mauvais arguments des défenseurs de Génération identitaire

Plus d’un millier de partisans de Génération identitaire ont manifesté dimanche 21 février à Paris contre la procédure de dissolution engagée par le gouvernement à l’encontre de ce mouvement politique de jeunesse d’extrême droite. Pour les sympathisants du mouvement, cette décision est purement « politique » et liberticide.

Mais si le débat suscité par cette procédure est légitime – la dissolution d’une association n’étant pas un fait anodin – certains arguments avancés interpellent. A commencer par ceux de son avocat, Gilles-William Goldnadel.

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Ce qu’il a dit

Invité de CNews le 17 février, l’avocat de Génération identitaire, Gilles-William Goldnadel, a défendu l’association et ses membres : « Voilà des gens qui n’ont jamais été condamnés par la justice, qui ont été au contraire relaxés, et qui n’utilisent pas du tout la violence, à aucun moment […] Et on veut les dissoudre. » Selon lui, l’association ne serait mise en cause que pour ses prises de position anti-immigration illégale : « En réalité, dans le mémoire même du ministère de l’intérieur, le fait d’être radicalement contre l’immigration illégale […] ce serait faire de la discrimination raciale. »

Cet argumentaire a été repris par de nombreux soutiens de Génération identitaire, comme l’eurodéputée du Rassemblement national Hélène Laporte, l’essayiste André Bercoff ou encore le journaliste polémique Eric Zemmour.

POURQUOI C’EST FAUX

Des violences et des condamnations bien réelles

L’association en elle-même n’a pas fait l’objet de condamnation jusqu’ici. Mais certains de ses membres ne peuvent pas en dire autant. Par exemple, dix-neuf d’entre eux ont été condamnés à des amendes pour avoir déployé une banderole hostile à la politique du gouvernement sur le toit du siège du Parti socialiste en 2013.

En 2016, trois personnes de l’association ont été condamnées à des peines de prison ferme à la suite d’altercations avec des membres des forces de l’ordre au cours d’une manifestation illégale à Calais, relatait La Voix du Nord.

Deux cadres de Rebeyne, l’antenne lyonnaise de Génération identitaire, ont été condamnés pour des agressions au couteau qui avaient été commises en 2014 à l’issue d’un procès suivi par Rue 89 Lyon en 2018. Ces faits n’ont pas de lien avec une opération organisée par l’association.

Plusieurs autres affaires impliquant des membres du mouvement d’extrême droite, listées par Libération, seront prochainement étudiées par la justice. Par exemple, pour l’irruption de membres de l’association dans les locaux de SOS Méditerranée à Marseille en 2018, 22 militants seront jugés en correctionnelle, pour « violences volontaires » et « séquestration », rapportait La Provence à la fin janvier.

Contacté par Le Monde, Gilles-William Goldnadel répond que son propos ne visait pas les activités de Génération identitaire en général, mais uniquement celles qui lui valent aujourd’hui d’être présentées par le ministère de l’intérieur comme un groupe qui inciterait à la haine raciale, à commencer par les actions aux frontières de la France pour empêcher des immigrés d’entrer sur le territoire national. Par ailleurs, « quel est le parti politique qui ne compte aucun membre condamné par la justice dans ses rangs ? », plaide-t-il.

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Un discours qui va au-delà des seuls appels à la lutte contre l’immigration clandestine

Dans son argumentaire, l’avocat Gilles-William Goldnadel édulcore l’objectif de Génération identitaire. En réalité, le groupe d’extrême droite ne se contente pas de s’opposer à « l’immigration illégale », il dénonce l’immigration de toute personne qui ne serait pas « européenne », qu’elle se fasse sur des bases légales ou non.

Pour les membres de Génération identitaire, être né en France et posséder la nationalité française ne suffisent pas pour être un « vrai Français », comme l’affirmait ouvertement Romain Espino, porte-parole du mouvement, dans un reportage de la BBC en 2016 : « Vous avez des jeunes extra-européens qui sont là depuis deux ou trois générations et qui ne se sentent pas français […] Ce sont des Français de papier. »

Au-delà de l’immigration, les militants considèrent que certaines cultures n’ont pas lieu d’être en France. Le « pacte » de l’association, sur son site officiel, est éloquent : « Blanc, hétéro, pour eux, tu es de trop », « kebabs, voiles et mosquées n’ont rien à faire ici ».

C’est sur ce type d’amalgames que s’appuie le courrier envoyé par le ministère de l’intérieur au président de l’association, annonçant son intention de le dissoudre.

La lettre, qui a circulé en ligne, évoque aussi le cas de l’homme abattu à Avignon le 29 octobre 2020 après avoir menacé des membres des forces de l’ordre. Cet individu arborait un blouson de Génération identitaire. Bien que l’association ait réfuté tout lien avec lui, le ministère y voit un signe que sa rhétorique peut encourager des passages à l’acte. Tout comme le fait que l’association a reçu par le passé un don de 1 000 euros de Brenton Tarrant, le terroriste qui a revendiqué l’attentat dans deux mosquées à Christchurch (Nouvelle-Zélande) ayant fait 51 morts en mars 2019.

L’ensemble de ces faits montre que Génération identitaire est bien au-delà de la dénonciation de l’immigration illégale. « Oui, il n’y a aucun doute qu’ils ne regardent pas le phénomène migratoire avec les yeux de Chimène », reconnaît d’ailleurs l’avocat de l’association. Mais « on peut parfaitement dire cela sans essentialiser les gens », fait-il valoir.

Toutefois, cela n’occulte pas le débat juridique sur l’avenir de l’association. Le gouvernement a engagé le 13 février la procédure qui vise à la dissoudre, prévue par l’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure. Mais cette décision est susceptible d’être contestée juridiquement, comme le rappelle le site spécialisé Les Surligneurs. Charge alors à la justice de valider ou non sa dissolution.

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