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Les chauffeurs de poids lourds davantage exposés à des facteurs de risque pour leur santé

Des camions sur l’autoroute reliant Paris à Bruxelles, le 4 décembre 2019.

Surpoids et tabagisme : les chauffeurs de poids lourds circulant en France sont davantage exposés à des facteurs de risques pour leur santé, avec des conséquences potentiellement dangereuses sur la route, que le reste de la population, révèle une étude scientifique financée et publiée mercredi 2 juin par la fondation Vinci Autoroutes.

S’ils se disent plutôt satisfaits de leur vie professionnelle, estimant que leur métier leur procure un sentiment de liberté et appréciant le caractère indépendant de leur travail, cette étude montre que 24 % des 515 conducteurs de 18 nationalités différentes – dont 55 % de Français – interrogés sont obèses (contre 16 % parmi les hommes français), 38 % consomment du tabac quotidiennement (contre 28 %) et moins d’un tiers (29 %) déclarent pratiquer une activité sportive.

Autant de facteurs de risques pour leur santé « du fait de leurs conditions de travail » (sédentarité, alimentation, horaires de travail), notent Loïc Josseran, professeur de santé publique, à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, hôpital Raymond-Poincaré de Garches (AP-HP), et la chercheuse Patricia Delhomme, directrice de recherche au laboratoire de psychologie et d’ergonomie appliquées de l’université Gustave-Eiffel, qui ont piloté cette étude menée en mars et avril 2018 sur quatre aires d’autoroute.

Première étude en France

Selon eux, elle est la première à porter sur le comportement et la santé des chauffeurs de poids lourds circulant en France. « Subséquemment, plusieurs études internationales ont également montré que les CPL [conducteurs de poids lourd] présentent des prévalences plus élevées de pathologies cardio-vasculaires, de diabète, de cancer du poumon, ou d’obésité directement liées à leurs habitudes de vie et conditions de travail », ajoutent-ils.

Les conséquences en termes d’accidentologie peuvent être réelles. « Le tabagisme et l’obésité font assez mauvais ménage avec le sommeil, et [favorisent] notamment l’apnée du sommeil, qui provoque une baisse d’attention dans la journée », souligne auprès de l’Agence France-Presse le professeur Loïc Josseran. « Quand on est en surcharge pondérale ou obèse, on est moins alerte, on bouge moins rapidement, donc on manque de capacité à réagir si la situation l’exige [au volant] », ajoute-t-il.

Habitués à conduire longtemps et « aux tâches routinières », selon Patricia Delhomme, les chauffeurs interrogés sont 40 % à avoir frôlé l’accident l’année écoulée. Mais le pourcentage « est voisin en ce qui concerne les automobilistes, qui font moins de kilomètres », précise la chercheuse, qui avait auparavant conduit une étude similaire auprès de ces derniers. Le but de cette étude est, d’après le professeur Josseran, d’en « tirer des mesures en termes de prévention » pour ces « invisibles, sans qui l’économie ne tiendrait pas trois semaines ; on s’en est encore plus rendu compte avec la crise sanitaire ».

Ainsi, pour améliorer l’hygiène de vie des chauffeurs, mettre en place sur les aires de service « un environnement propice à l’activité physique, ne serait-ce que marcher », proposer « de la restauration autre que des sandwichs sous vide » ou encore augmenter le nombre d’aires sécurisées. En effet, « une grande majorité de conducteurs interrogés souhaitent pouvoir dormir et se reposer vraiment sans devoir garder un œil ouvert pour surveiller leur marchandise ou leur carburant », explique Patricia Delhomme.

Le Monde avec AFP

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