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« Le seul risque que je cours, c’est d’avoir un placebo » : à Paris, des volontaires testent les futurs vaccins contre le Covid-19

Par Stéphane Mandard

Publié aujourd’hui à 04h23, mis à jour à 12h41

« Attention, je vais vous piquer maintenant. Est-ce que ça va ? Et voilà, c’est terminé. » Derrière ses deux masques en tissu blanc superposés, Michel acquiesce : « Je n’ai rien senti. Mission accomplie ! » Ce retraité parisien de 74 ans qui ne se défait jamais de son chapeau noir, même pour la piqûre, a reçu, mercredi 10 février, sa première injection du vaccin contre le Covid-19. Enfin, l’espère-t-il, car on lui a peut-être administré un placebo. Il n’en saura rien. « Suspense. »

Michel fait partie des milliers de volontaires non rémunérés – qui ont requis l’anonymat –, recrutés par l’intermédiaire de la plate-forme Covireivac mise en place pour conduire des études cliniques de grande ampleur sur les vaccins contre le Covid-19, en France, et pilotée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Depuis son lancement, le 1er octobre 2020, près de 50 000 personnes se sont inscrites, un quart d’entre elles ayant plus de 65 ans. Du jamais-vu de mémoire d’infectiologue. L’Inserm visait un nombre deux fois moindre de volontaires. Pas mal pour un pays que l’on disait réfractaire aux vaccins.

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Mercredi matin, ce professeur émérite en sciences sociales avait donc rendez-vous au centre d’investigation clinique de l’Hôtel-Dieu, à Paris, pour participer au tout premier essai clinique organisé dans le cadre de ce dispositif. Il s’agit de la phase 3 – dernière étape avant la mise sur le marché – du candidat vaccin développé par le laboratoire Janssen, filiale pharmaceutique du groupe américain Johnson & Johnson. « L’objectif est d’évaluer son efficacité en comparant la fréquence de la maladie entre la population ayant reçu le vaccin et celle qui aura reçu le placebo », résume Marie Lachatre, médecin infectiologue à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

« Le pays de Pasteur a raté le coche du vaccin »

L’essai a démarré le 1er février et doit durer deux ans : 30 000 personnes y participent à travers le monde, dont 1 175 en France, réparties dans une dizaine de centres en Ile-de-France, en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand-Est. Pour être éligible, il faut être âgé d’au moins 18 ans, être en bonne santé (ou atteint d’une affection médicale stable) et bien sûr ne pas encore avoir été vacciné contre le Covid-19.

Une infirmière du centre d’investigation clinique de l’Hôtel-Dieu se prépare à injecter une dose du vaccin Johnson & Johnson à un volontaire dans le cadre de l’essai clinique, à Paris, le 11 février.

Contrairement à ceux de Pfizer-BioNTech, AstraZeneca ou Moderna, le vaccin de Johnson & Johnson n’a pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires pour être commercialisé en Europe. Pas de quoi effrayer Michel, mais un peu plus son épouse : « Elle a essayé de me dissuader jusqu’au bout, car elle a peur d’un accident. Le seul risque que je cours, c’est d’avoir un placebo. » Et ça, ça embêterait quand même un peu Michel : « Si je suis dans le deuxième groupe, ça veut dire que je devrai vivre encore pendant deux ans avec les restrictions, les masques, les gestes barrières, et sans pouvoir voyager. »

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