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Le procès du bombardement de Bouaké s’ouvre sans accusés et en attente de témoins-clés

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Le camp de Bouaké, le 10 novembre 2004.

Cela pourrait ressembler à des retrouvailles. Comme pour la mort d’un vieux parent qui réunit des amis séparés par le temps, des familles qui se sont perdues de vue. Là, le rendez-vous a été donné devant la cour d’assises de Paris pour tenter de solder une affaire que tous ceux qui pénètrent dans la salle Victor-Hugo n’ont pas oubliée.

Le 6 novembre 2004, aux environs de 13 h 30, après deux survols de reconnaissance, deux avions Soukhoï Su-25 de l’aviation ivoirienne lâchaient au moins quatre roquettes sur le lycée René-Descartes de Bouaké, une emprise militaire française pourtant parfaitement identifiée. Perpétré en pleine offensive contre la rébellion qui tenait le nord de la Côte d’Ivoire, cet acte de guerre provoqua la mort de neuf soldats de l’opération « Licorne » et d’un ingénieur agronome américain venu se réfugier sur la base. Il entraîna par la suite d’importantes représailles françaises, l’une des plus graves poussées de fièvre dans la relation entre les deux pays, et suscite toujours de grandes interrogations.

Dans les escaliers montant à la salle d’audience, deux jeunes retraités de l’armée échangent sur leur nouvelle « vie civile ». Une fois installé, un grand tatoué aux biceps sculptés par la fonte confie en quelques mots émus : « Je n’ai jamais oublié ce qui est arrivé, mais là, cela me replonge en plein dedans. » Un autre survivant de ce bombardement confirme que le traumatisme n’est pas dissipé, d’un poli mais ferme : « Moi non plus, je n’ai pas encore envie d’en parler. »

Témoins fuyants

Ce lundi 29 mars, chacun assiste à la mise en place d’un procès que Thierry Fusina, le président de cette cour d’assises, spécialisée en matière militaire, voudrait « compte tenu de la gravité des faits, du nombre de victimes, pratiquement à l’identique d’un procès normal ». Trois semaines d’audience prévues et une tâche qui semble impossible. Le procès de Bouaké est un procès par défaut, sans jurés, faute de criminels à condamner, où les parties civiles – les familles des 9 défunts, les 39 blessés et leurs proches – sont pléthoriques et les témoins souvent fuyants.

Les trois hommes qui auraient dû se trouver dans le box, Yuri Sushkin, un pilote biélorusse, Patrice Oueï et Ange Magloire Gnanduillet, deux copilotes ivoiriens, n’ont jamais été retrouvés et ne sont représentés par aucun avocat de la défense.

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