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Le premier ministre français, Jean Castex, attendu en Tunisie

Les premiers ministres Hichem Mechichi et Jean Castex à l’hôtel Matignon, à Paris, le 14 décembre 2020.

Jean Castex, accompagné d’une demi-douzaine de ministres, se rend mercredi 2 juin au soir et jeudi 3 juin en visite en Tunisie, afin de resserrer les liens avec un pays traversé par les crises – politique, sociale, économique et migratoire – et encore fragilisé par la pandémie de Covid-19.

Deux mois après le report polémique d’un séminaire gouvernemental en Algérie, le premier ministre français est attendu, pour sa première sortie internationale d’envergure, dans le cadre du troisième Haut Conseil de coopération (HCC) franco-tunisien, qui suit ceux de 2017 et 2019.

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Depuis la dernière édition, l’exécutif a changé en Tunisie, avec l’élection à la présidence de Kaïs Saïed – un universitaire indépendant – en octobre 2019, puis la nomination de Hichem Mechichi comme chef du gouvernement en juillet 2020. En toile de fond, d’importantes turbulences politiques mettent aux prises le sommet de l’Etat et le parti d’inspiration islamiste Ennahda, principale force d’un Parlement morcelé.

Des craintes de pénurie d’oxygène

Cette visite, qui intervient donc dans un contexte politique tendu et incertain, doit s’articuler autour de « quatre grandes priorités », selon Matignon.

D’abord « la crise sanitaire », évidemment, alors qu’un rebond de l’épidémie à l’entrée du printemps a suscité localement des craintes de pénurie d’oxygène. De l’aide matérielle devrait être apportée, sachant que la France s’est engagée à livrer prochainement des unités autonomes de production d’oxygène dans trois hôpitaux tunisiens.

Les questions de « partenariat économique » et de « soutien » seront le cœur le plus visible des échanges, avec la signature d’accords, un détour par le chantier du réseau ferroviaire rapide de Tunis et une rencontre sur le thème du numérique co-organisée par les patronats tunisien (Utica) et français (Medef).

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Mais il sera difficile de ne pas évoquer l’urgence de la situation de la Tunisie, dont l’économie est exsangue : lourdement endettée, souffrant d’un modèle de développement à bout de souffle basé sur une main-d’œuvre bon marché, elle espère du Fonds monétaire international (FMI) un nouveau prêt sur trois ans en contrepartie de promesses de réformes.

Si la France s’est engagée l’an passé à prêter 350 millions d’euros pour appuyer la transformation du pays jusqu’en 2022 (100 millions ont pour l’heure été versés), ce n’est « ni assez, ni le bon vecteur », estime auprès de l’AFP l’essayiste Hakim El Karoui, auteur en mai d’une note pour l’Institut Montaigne sur la stabilité du Maghreb.

« Il faut des dons », autour « de 1 ou 2 milliards d’euros », portés par une initiative européenne dans le cadre du plan de relance, afin de « passer le pic Covid », insiste M. El Karoui, soulignant que la faiblesse annoncée de la saison touristique, un des piliers de l’économie tunisienne (autour de 14 % du PIB), assombrissait les perspectives. « On va se retrouver à l’automne avec des gens qui n’ont pas reconstitué leurs revenus. Il ne faudra pas dire qu’on n’a pas vu venir la crise sociale et politique », prédit-il.

Gérald Darmanin est aussi du voyage

Ces secousses internes ont par ailleurs des conséquences directes pour l’Union européenne (UE), qui est actuellement en discussion avec la Tunisie pour un accord d’aides économiques en échange d’efforts pour empêcher le départ de migrants. A l’heure actuelle, 15 % des migrants arrivant par la mer en Europe sont de nationalité tunisienne, constituant le plus gros contingent.

« Les questions de lutte contre le terrorisme » s’inviteront aussi dans les échanges, assure Matignon. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, présent dans la délégation, était déjà venu évoquer le sujet en novembre, dans la foulée de l’attentat qui a fait trois morts dans la basilique de Nice, commis par un Tunisien de 21 ans fraîchement débarqué en Europe.

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Paris souhaite expulser une poignée d’individus vers la Tunisie, sur quelques dizaines de personnes fichées pour radicalisation, mais les négociations patinent sur ce qui s’apparente à un « bâton merdeux », selon M. El Karoui. « Les Tunisiens disent à la France : ils se sont radicalisés chez vous », résume-t-il. A l’image de l’auteur de l’attaque dans le commissariat de Rambouillet, en avril, arrivé en France en 2009.

Enfin, la visite doit servir à préparer le prochain Sommet de la francophonie, qui se tiendra en Tunisie en novembre 2021, et à sceller de nouveaux accords « entre établissements de formation français et tunisiens ».

Le Monde avec AFP

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