Actualités

Le journaliste Jacques Amalric, ancien chef du service étranger du « Monde », est mort

Image extraite de « La Journée d'un journaliste », de Nestor Almendros, avec Jacques Amalric, en 1967.

Il était journaliste jusqu’aux lunettes vissées sur le haut du front, les manches de chemise retroussées, la cravate défaite et les outils de travail négligemment disséminés sur le bureau : piles de dépêches, livres et journaux encadrant un cendrier plein et un verre de remontant. En ce début des années 1980, le nouveau venu au quotidien Le Monde n’entrait pas sans quelque appréhension dans le bureau du chef du service étranger, rue des Italiens, à Paris. Jacques Amalric, mort vendredi 4 juin, à 82 ans, était un journaliste de référence. Et le contraire d’un homme de révérence.

Chez lui, la provocation, aimable ou vacharde, était une manière d’entrée en matière, une façon de vous saluer. L’ironie était une double nature. La phrase courte, souvent sur le mode interrogatif, teintée de l’accent de son Sud-Ouest natal, tenait lieu de discours et mieux valait comprendre à demi-mot. Amalric fuyait tirades, péroraisons et sentences de cuistre. La flatterie lui était étrangère : un « Vous avez fait pire » accompagné d’un clin d’œil à la lecture d’un papier tenait lieu de félicitations. Ce taiseux n’était pas par hasard un homme de presse écrite, qui fut aussi rédacteur en chef du Monde puis directeur de la rédaction de Libération. Il écoutait autant qu’il interrogeait, menton posé sur la main droite dans une posture qui signalait une dose de scepticisme – a priori.

Ce n’était pas seulement l’allure rugueuse qui intimidait, le côté ours, la démarche un peu voûtée, ce mélange de charme bougon et de râleur sentimental. Jacques Amalric était un monument de savoir-faire journalistique : éditorialiste, analyste, envoyé spécial, correspondant, accoucheur de « manchettes », animateur d’équipes. Par-dessus tout, il avait cette aptitude à attraper dans l’air du temps ce qui va faire les titres de l’actualité.

Dans l’inconfort du doute

Mais au Monde et à Libération, Amalric a aussi compté pour une autre raison, qu’il laisse en guise d’héritage journalistique et qui est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. « Jacques aimait pulvériser les poncifs », dit le journaliste Marc Semo. Amalric travaillait en « contre » – contre l’idéologie dominante dans une rédaction, les préjugés de l’engagement militant, les réflexes hérités du parti pris, les facilités de la grille de lecture à sens unique. Pour être sûr d’attraper un peu de la réalité de l’époque – noble ambition du journalisme –, mieux vaut privilégier le contradictoire et savoir déceler une part de vérité dans le camp de ceux que l’on n’aime pas. « Quand on se fait engueuler, c’est qu’on a bien travaillé », répondait-il lorsqu’on lui rapportait les sermons d’un ministre offensé.

Il vous reste 76.32% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Most Popular

Retrouvez toute l'actualité française et internationale sur France Actus.

© 2020 FRANCE ACTUS - TOUS DROITS RÉSERVÉS

To Top