Actualités

La Turquie condamne le journaliste en exil Can Dündar à vingt-sept ans et demi de prison

Can Dündar, le 6 octobre à Berlin.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait prévenu : « Celui qui a publié cette information va payer le prix fort, je ne vais pas le lâcher comme ça. » C’était en mai 2015 et le quotidien d’opposition Cumhuriyet, dirigé par Can Dündar, venait de révéler, photos et vidéo à l’appui, un trafic d’armes coordonné par les services secrets turcs à destination de factions syriennes.

La colère présidentielle ne tenait pas tant au dévoilement de possibles liens entre Ankara et des groupes djihadistes – l’article ne précisait pas quelle organisation était à l’autre bout du trafic – qu’à l’origine supposée des images divulguées par le journal. Car, pour le chef de l’Etat, il ne faisait pas de doute que la fuite provenait d’agents à la solde du prédicateur Fethullah Gülen, son ancien allié exilé aux Etats-Unis et devenu son pire ennemi, auquel les autorités turques imputeront la tentative de putsch du 15 juillet 2016.

Cinq ans plus tard, M. Erdogan a partiellement obtenu gain de cause. Au terme d’une procédure marquée par de nombreux revirements, la 14e chambre d’assises d’Istanbul a condamné mercredi 23 décembre le journaliste à vingt-sept ans et six mois d’emprisonnement pour « espionnage politique et militaire » ainsi que pour « aide consciente et volontaire à une organisation » terroriste.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le juge européen Robert Spano à Istanbul, entre flagornerie et esquive

La satisfaction de M. Erdogan n’a cependant pas pu être complète, puisque l’accusé a trouvé refuge en Allemagne, où il séjourne depuis 2016, et a donc été jugé in absentia. Après avoir passé trois mois en détention provisoire, Can Dündar a en effet été libéré en février 2016 sur ordre de la Cour constitutionnelle, ce qui lui a permis de quitter la Turquie après avoir échappé de justesse à une attaque armée devant le palais de justice d’Istanbul au sortir d’une comparution, en mai 2016.

« Une condamnation politique fixée d’avance »

Déjà condamné à cinq ans et dix mois de prison, le journaliste était rejugé mercredi après l’invalidation du premier verdict, en 2018, par la Cour de cassation, au motif que celui-ci n’avait pas retenu la qualification d’espionnage.

Avant l’audience, fermée à la presse et aux observateurs, les avocats de la défense ont annoncé qu’ils refusaient de « prendre part à une procédure visant à donner une légitimité juridique à une condamnation politique fixée d’avance ». Selon l’agence de presse officielle turque Anatolie, la cour a estimé que l’article publié par Cumhuriyet avait pour objectif de présenter la Turquie comme « un pays qui soutient le terrorisme » et que cette stigmatisation servait la cause du réseau güleniste. Dans son verdict, elle a indiqué avoir exclu toute réduction de peine au motif que l’accusé n’avait « montré aucun regret, au vu de ses partages sur les réseaux sociaux ».

Il vous reste 43.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Most Popular

Retrouvez toute l'actualité française et internationale sur France Actus.

© 2020 FRANCE ACTUS - TOUS DROITS RÉSERVÉS

To Top