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La fonction publique, cible de l’austérité en Irak

Bureau de change, à Bagdad, le 20 décembre.

« Ils ont absorbé la colère populaire en nous offrant des emplois, puis nous ont abandonnés. S’ils n’honorent pas leurs promesses, on va ériger des tentes dans chaque ville et relancer la contestation », avertit Haïdar Rizerdjaoui. L’avocat et les cent mille jeunes employés du ministère de l’électricité irakien, qu’il représente, ne décolèrent pas. Le gouvernement d’Adel Abdel-Mahdi les avait embauchés en septembre 2019 pour acheter la paix sociale après plusieurs vagues de manifestations réclamant des emplois et des services publics. Une nouvelle mobilisation d’ampleur, durement réprimée, a entraîné sa chute à l’automne 2019. Et, depuis mars, ces cent mille employés n’ont, eux, touché aucun salaire, faute de budget.

Promesse leur a été faite de reconduire leurs contrats pour un an et de financer leurs salaires dans la loi de finances pour l’année 2021, dont le projet est en discussion en conseil des ministres. « On n’a pas d’autre choix que d’honorer cette promesse. C’est un désastre. Beaucoup d’emplois publics ont été promis à tort et à travers : après la guerre contre l’[organisation] Etat islamique, à chaque vague de manifestations… », déplore Moudher Salih, conseiller économique dans le cabinet du premier ministre, Mustafa Al-Kadhimi, qui a hérité du dossier lors de son investiture en mai.

Une promesse concédée à contrecœur, car l’Irak, deuxième pays producteur de l’OPEP, est à court de liquidités depuis l’effondrement des cours du pétrole, en mars, dans le sillage de la pandémie de Covid-19.

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Bagdad, dont les recettes dépendent à 93 % de l’or noir, prévoit de terminer l’année 2020 en déficit avec un PIB en chute de 11 % et doit se résoudre à des mesures d’austérité pour s’attaquer à cette crise structurelle. Premier poste de dépense de l’Etat, la fonction publique est devenue un insoutenable fardeau. Avec moins de 4 milliards de dollars de recettes pétrolières par mois, Bagdad a dû emprunter, à deux reprises en 2020, pour honorer, parfois avec du retard, les 5 milliards de dollars de dépenses mensuelles en salaires et retraites de la fonction publique, et en subventions.

« Il n’y a aucun contrôle sur ces dépenses à cause de la mouhassassa [système de répartition des postes par quotas confessionnels]. Ces emplois sont une façon pour les partis politiques d’acheter la loyauté de leur base. Or, on a beaucoup de partis : le monstre est devenu une hydre », regrette Ahmed Tabaqchali, responsable en Irak du fonds d’investissement Asian Frontier Capital.

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