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La dérive de Janez Jansa, le premier ministre de Slovénie surnommé « Maréchal Twitto »

Le premier ministre slovène, Janez Jansa, et son homologue hongrois, Viktor Orban, (à gauche), à Kidricevo, en Slovénie, le 14 octobre 2020.

Sur Twitter, il est d’usage d’agrémenter ses messages de mots-dièses pour les classer et les mettre en valeur. Mais, pour le premier ministre slovène, Janez Jansa, reçu à l’Elysée, jeudi 29 avril, pour un déjeuner de travail avec Emmanuel Macron, ils servent surtout de provocation. #mentirpourvivre, #presstitué, #fakenews, #pravda… sont quelques-uns des mots-dièses favoris de ce chef de gouvernement qui fait le même usage de Twitter que celui qu’il admire ouvertement, Donald Trump. A 62 ans, celui qui dirige depuis début 2020 ce petit pays montagneux, jusqu’ici surtout connu pour sa tranquillité et comme lieu de naissance de Melania Trump, a sombré ces derniers mois dans la même addiction au clash.

Selon les compteurs, il a atteint en mars les cent tweets par jour. Souvent rageurs, à la syntaxe évasive, ils prennent pour cible tous ceux qui émettent une critique. Au hasard de ce florilège, celui qu’on surnomme « Maréchal Twitto » peut accuser, par exemple, la télévision publique d’avoir « mis en danger la vie des gens » pour avoir simplement couvert des manifestations antipouvoir ; ou qualifier l’eurodéputé libéral belge Guy Verhofstadt de « chef d’une puissance coloniale », pour s’être inquiété du sort de la liberté de la presse dans ce pays d’ex-Yougoslavie, qui s’apprête à prendre le 1er juillet la présidence tournante du Conseil européen.

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Mais sa cible préférée reste, de loin, les femmes journalistes, « avec des attaques brutales et personnelles », dénonce Petra Lesjak Tusek, présidente de l’association des journalistes slovènes. L’exemple le plus radical date de 2016, une époque où M. Jansa n’était pas premier ministre. Sur Twitter, il avait qualifié deux journalistes de « prostituées à la retraite », car elles avaient enquêté sur son parti. Elles ont porté plainte, mais la procédure est toujours en cours, du fait de renvois successifs. Même si la plupart des journalistes slovènes résistent à ces attaques, « le but est de faire taire les voix critiques dans le paysage médiatique », estime Mme Lesjak Tusek.

D’autant qu’il ne se limite pas à Twitter. Depuis janvier, le gouvernement bloque par exemple les subventions de l’agence de presse slovène STA, lui reprochant de ne pas remettre des données aussi détaillées que « le nombre d’interviews » effectuées et une « comparaison de leurs longueurs ».

Pour Barbara Strukelj, rédactrice en chef de STA, il s’agit d’« un prétexte pour prendre le contrôle de l’agence », première source d’information du pays avec la télévision publique, dont le directeur vient d’être remplacé. « C’est très radical pour un pays d’habitude aussi paisible que le nôtre », ajoute-t-elle, inquiète de ne plus pouvoir payer les salaires de ses équipes en mai, si la situation ne se débloque pas d’ici là.

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