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La collection de Bruno Decharme, un trésor d’art brut

Œuvre d’Adolf Wölfli datant de 1916, mine de plomb et crayon de couleur sur papier, inscriptions au dos.

Pour le Musée national d’art moderne (MNAM) du Centre Pompidou, à Paris, c’est un miracle. Jusqu’ici, il n’avait à peu près rien de ce que l’on appelle « art brut » depuis que Jean Dubuffet a inventé la notion, réunissant, au risque de la confusion, aliénés, marginaux, médiums, spirites et autodidactes. Sans doute le MNAM aurait-il pu recevoir la collection que Dubuffet rassembla à partir de 1945, mais faute d’intérêt des institutions françaises d’alors, l’artiste finit par l’offrir à la ville de Lausanne, qui lui consacra un musée en 1976.

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La seule collection publique en France était donc, jusqu’à cette semaine, celle que l’association L’Aracine a déposée au LaM de Villeneuve-d’Ascq (Nord), qui l’expose depuis 1999. Or voici que le MNAM reçoit d’un coup une collection de premier ordre, l’une des plus complètes au monde : la donation de Bruno Decharme. En chiffres : 921 œuvres de 229 auteurs, du XVIIIe au XXIe siècle, issus d’Europe et des Amériques principalement. Il l’a sélectionnée à partir de l’ensemble monumental qu’il a constitué en un peu plus de quarante ans : entre 5 000 et 6 000 pièces.

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C’est, explique-t-il aujourd’hui, la conclusion à la fois logique et inattendue de son activité de collectionneur. Logique de cohérence : « Depuis que j’ai commencé la collection, dit-il, j’ai toujours pensé qu’il devait y avoir au centre un noyau dur. Avec les historiques, d’une part – Aloïse, Wölfli, Forestier, Hodinos, Pujolle, Darger, etc. –, et les plus récents, de l’autre – Scott, Plny, Domsic, Miller, Way, etc. J’ai réussi à le constituer. Il était impensable qu’il puisse être dispersé. Or c’est ce qui risquait de se produire à ma mort. » Ses enfants n’auraient eu d’autre solution que de vendre pour s’acquitter de droits de succession proportionnels aux valeurs actuelles des œuvres, très supérieures à ce qu’elles étaient quand il les a achetées. « Il fallait anticiper et trouver une issue. »

« Du militantisme »

Un premier projet, imaginé avec son ami et collectionneur Antoine de Galbert, fondateur de La Maison rouge, à Paris, fut de créer un musée à Hauterives (Drôme), près du Palais du facteur Cheval. « La municipalité n’en a pas voulu. » Puis sont venues les offres de l’étranger : « J’ai été approché par des musées américains importants – le Met et le MoMA –, mais cette solution ne me plaisait pas. J’avais toujours en tête l’idée d’une donation en France. On peut appeler cela du militantisme… »

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