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La CGT prise pour cible le 1er-Mai : « Une attaque ciblée, qui dépasse la seule critique des syndicats »

Des militants de la CGT lors du rassemblement du 1er mai 2021, à Paris, où des affrontements ont eu lieu.

A l’arrivée de la manifestation du 1er-Mai, place de la Nation, à Paris, vers 18 heures, samedi, des militants CGT ont été violemment pris à partie par d’autres manifestants. Dans un communiqué publié samedi soir, la confédération syndicale a fait savoir que 21 de ses militants avaient été blessés, « dont quatre grave[ment] ». Ces derniers ont été hospitalisés jusqu’à dimanche. Une enquête pour « violences volontaires » et « dégradations » en réunion a été ouverte, a fait savoir le parquet de Paris, dimanche 2 mai. 

Pour Sophie Béroud, maîtresse de conférences en science politique à l’université Lyon-II, autrice d’En luttes ! Les possibles d’un syndicalisme de contestation (Raisons d’agir, 212 p., 10 euros), « la défiance envers les syndicats existe depuis plusieurs années », mais les événements de ce week-end rappellent aussi les modes opératoires de l’extrême droite que la CGT a désignée comme responsable des violences de samedi.

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Comment analysez-vous les événements survenus ce week-end ?

Sophie Béroud : C’est important de ne pas faire d’amalgame entre ce qui s’est passé ce week-end dans la manifestation du 1er-Mai et la distance qui peut exister parmi certains manifestants envers les syndicats depuis quelques années. Cette distance est notamment apparue au printemps 2016, lors des mobilisations contre la loi travail, avec la volonté d’individus et de groupes de se situer en tête de manifestation, devant les cortèges syndicaux, et qui revendiquent plus de radicalité.

L’attaque de samedi semble relever d’une nature différente. Les témoins parlent d’une attaque ciblée, visant des militants CGT, qui dépasse la critique des syndicats, mais concerne un vrai rejet du syndicalisme. Ce rejet est typique des mouvances d’extrême droite. Les militants attaqués évoquent d’ailleurs les propos homophobes et racistes tenus par leurs assaillants. En cela, l’événement de samedi souligne plus une confiance actuelle des réseaux d’extrême droite pour occuper l’espace public, qu’une défiance éventuelle envers les syndicats, même si elle existe aussi.

Lire notre entretien avec Isabelle Sommier : « Il faut toujours penser ensemble la violence contestataire et la violence d’Etat »

Vous parlez d’une distance envers les syndicats, comment l’expliquer ?

Il faut remettre en perspective cette question avec la difficulté des syndicats ces dernières années à gagner des batailles. On l’a notamment vu avec l’échec de la mobilisation contre la loi travail ou encore celle contre la réforme de la SNCF.

Ces actions organisées par les syndicats apparaissent comme trop limitées aux yeux de certains militants, comme les black blocs ou les « gilets jaunes », qui veulent faire monter le rapport de force. Ce positionnement face aux syndicats – qui est plus de l’ordre de la critique que du profond rejet – repose sur la façon de se positionner face aux pouvoirs publics.

Il y a également un croisement entre les difficultés syndicales à gagner des luttes sociales et la façon dont les pouvoirs publics restreignent les manifestations, en alimentant un climat de violence, et en limitant la liberté de manifester, provoquant des affrontements à chaque rassemblement. Je pense à la période des mobilisations contre la loi travail où le gouvernement en était même venu à interdire une manifestation.

Ces dernières années, on est face à des rassemblements moins contrôlables, car ils sont traversés par différentes logiques, avec le cortège de tête, l’émergence de petits commandos présents pour se battre et des manifestants plus mobiles. De plus, les nouvelles stratégies de maintien de l’ordre, axées sur la répression, mettent en difficulté l’organisation des manifestations par les syndicats et notamment le rôle de leur service d’ordre.

Ce contexte de violence pèse sur le succès des mobilisations syndicales, car bien des salariés n’osent plus se mobiliser. Le 1er mai 2019, le secrétaire général de la confédération CGT, Philippe Martinez, avait déjà dû être exfiltré de la manifestation.

Les services d’ordre des syndicats semblent particulièrement visés par les critiques, pour quelles raisons ?

Les services d’ordre des syndicats existent depuis longtemps. Ils sont intrinsèques à l’organisation du mouvement syndical. Dans une volonté d’autonomie, on ne demande pas à l’Etat une protection, mais on l’organise de l’intérieur, en demandant à des manifestants de s’en charger. Les tensions autour du service d’ordre existent depuis des décennies. Dans les années 1968, le service d’ordre de la CGT avait déjà des relations assez rudes avec certains militants de gauche, comme les groupes féministes et [les militants pour les droits des] homosexuels.

Mais ce qui s’est passé samedi ressemble à autre chose. Si l’enquête démontre que les auteurs des faits sont bien issus de l’extrême droite, comme l’affirme la CGT, cela fait penser aux années 1970, quand, dans le secteur de l’automobile, mais aussi de l’agroalimentaire, des syndicats « maison » d’extrême droite étaient payés pour réprimer les militants de la CGT. C’est inquiétant sur ce que cela dit de l’influence de l’extrême droite en France plus que sur ce que cela transparaît de la perte de vitesse des syndicats.

Lire la tribune : « La manifestation est devenue la pratique centrale des mobilisations »

Face aux critiques, les syndicats se sont-ils repositionnés ces dernières années ?

Depuis 1995, il y a cette idée d’avoir des mouvements plus festifs dans les rassemblements, même si cela s’étiole avec la répression actuelle. C’est surtout les « gilets jaunes » qui ont contraint les syndicats à se repositionner. Les « gilets jaunes » osaient investir des espaces bourgeois et symboliques, en perturbant les forces de l’ordre. Alors que les syndicats, avec des parcours très routiniers, ne bouleversent pas grand-chose. C’est aussi pour cette raison qu’ils sont critiqués.

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