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Journal de crise des blouses blanches : « La troisième vague, personne n’en a envie, mais tout le monde s’y prépare »

Alors que la France est touchée par une seconde vague épidémique de Covid-19, Le Monde publie ce « journal de crise » pour raconter le quotidien des « blouses blanches ». Comme au printemps, lors du premier confinement, une dizaine de soignants – hospitaliers, généralistes, infirmiers, urgentistes, psychiatres – ont accepté de nous raconter leur quotidien face à la pandémie de Covid-19. Chaque week-end, nous publions une sélection de leurs témoignages.

« Le Covid va devenir comme ces grippes graves que l’on accueille plusieurs fois par an »

Aurélie Frenay, 36 ans, psychologue en réanimation à l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc de Lyon et au Médipôle Lyon-Villeurbanne (Rhône)

Aurélie Frenay, psychologue en réanimation au centre hospitalier Saint-Joseph Saint-Luc à Lyon (Rhône)

« Petit à petit, nous revenons à un fonctionnement habituel. Des patients Covid sont toujours hospitalisés dans le service mais la vague se retire et nous retrouvons notre clinique du quotidien, un autre rythme, une temporalité plus courte de prise en charge.

Des patients Covid, entrés au mois d’octobre, commencent seulement à se réveiller. Ils sont perdus, ne savent plus pourquoi ils sont là. Ils n’ont aucun repère. On le sait, un long coma artificiel en réanimation provoque désorientation, confusion puis, un peu plus tard, parfois, un état dépressif. On espère sincèrement qu’ils seront sortis avant qu’une troisième vague arrive.

« La troisième vague fait moins peur aussi car on sait maintenant qu’on peut réagir vite et activer très rapidement un fonctionnement de crise »

Parmi nous, il y a une sorte d’acceptation, de résignation à cette troisième vague. Personne n’en a envie mais tout le monde s’y prépare. Elle fait moins peur aussi car on sait maintenant qu’on peut réagir vite et activer très rapidement un fonctionnement de crise. Cet automne, nous avons pris en charge plus de patients que la première fois, mais les équipes et le matériel étaient prêts, le fonctionnement expérimenté. On se prépare tous à voir régulièrement des patients Covid en réanimation. Cela va devenir comme ces formes de grippe grave que l’on accueille plusieurs fois par an.

En tant que psychologue, je dirais que la deuxième vague a confirmé l’importance de la présence des proches pendant l’hospitalisation. La situation est déjà suffisamment traumatique pour ne pas y ajouter l’absence de contacts. Comparé à un risque de contagion que l’on peut contrôler, le coût des conséquences psychiques de l’isolement tant sur les patients que sur les familles est trop important. »

« Les paramédicaux disent qu’ils ne seront pas les premiers à se faire vacciner »

Lucas Reynaud, 30 ans, interne en réanimation à l’hôpital de Montélimar (Drôme)

Lucas Reynaud, interne en réanimation à l’hôpital de Montélimar (Drôme)

« Noël approche mais je n’aurai pas vraiment de vacances : seulement deux fois trois jours sur les week-ends. J’irai chez mes parents en respectant les gestes barrières. Il y a une grande table, je me mettrai dans un coin. Depuis dix mois, je vis tous les jours avec le Covid, alors je ne veux pas prendre de risque. D’ailleurs, j’ai remarqué, depuis cet été, qu’en tant que soignants, on ne propose plus de nous inviter. Les copains et les parents des copains nous évitent. C’est normal, je les comprends, mais c’est quand même pesant.

Dans le service, les patients Covid arrivent toujours au compte-gouttes. Il y a une ou deux entrées par jour, une ou deux sorties. Le monsieur de 60 ans arrivé début novembre est toujours là. Cela fait plus d’un mois et demi. Ils sont quatre ou cinq dans son cas. Le Covid a fait son œuvre, puis on a dû soigner les surinfections, et aujourd’hui ils ne sont plus en détresse respiratoire mais ils ne peuvent plus bouger, et ont besoin de la machine pour respirer, faute de muscle.

« Le monsieur est éveillé, il exprime des émotions, mais il ne parle pas. Il subit tout : il est dans son corps, mais il est privé de mouvement. Il est prisonnier de lui-même »

Le jour où ils sortiront, ils iront en centre de rééducation où il leur faudra tout réapprendre : manger, marcher, attraper un objet, mobiliser les articulations. Cela prendra des mois. Le monsieur comprend. Il est éveillé, il exprime des émotions, mais il ne parle pas. Il subit tout : il est dans son corps, mais il est privé de mouvement. Il peut tousser, mais ne peut pas se gratter ; il est prisonnier de lui-même.

2020 a été difficile. J’espère que la vaccination fera son œuvre, mais il va falloir convaincre. Autour de moi, les paramédicaux, surtout, n’arrêtent pas de dire “je ne serai pas le premier à me faire vacciner”. C’est la même chose chaque année pour la grippe : c’est très compliqué de faire vacciner les infirmiers, les aide-soignants. Les médecins, on le fera tous, dès que possible. »

« Mettre le masque correctement relève de la simple politesse »

Julie Oudet, 39 ans, médecin urgentiste au SAMU de Toulouse (Haute-Garonne)

« Je ressens une sorte de grande lassitude face aux efforts incessants que les soignants déploient pour lutter contre la banalisation du danger de cette épidémie, contre ceux qui continuent à baisser leur masque sur le menton et contre les complotistes. Franchement, c’est fatigant.

Julie Oudet, médecin urgentiste au SAMU de Toulouse (Haute-Garonne)

« Emmanuel Macron a le Covid parce que ce virus, on l’a oublié, ne choisit pas ses “victimes”, mais peut toucher tout le monde »

Quand j’étais petite, j’ai appris à dire bonjour et merci, à être polie. Mettre le masque correctement en présence d’autrui relève aussi de la simple politesse. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où l’on doit demander aux personnes qui se présentent aux urgences de garder leur masque sur le nez pour protéger les autres. C’est épuisant.

Emmanuel Macron a le Covid parce que ce virus, on l’a oublié, ne choisit pas ses “victimes”, mais peut toucher tout le monde. La maladie se poursuit et les contagions ne relèvent pas de la magie. On croit être dans une situation “safe”, avec des amis ou de la famille, et elle ne l’est pas.

Je ne sais pas si c’est la fatigue qui me rend pessimiste. Mais j’avoue que je suis inquiète du relâchement des gestes barrières, de la réticence d’une grande partie de la population au vaccin et du risque d’une troisième vague.

Pour le 31 décembre, du fait du couvre-feu, beaucoup de jeunes passeront la nuit du réveillon sur place. Peut-être que grâce à cela, cette année, nous aurons moins d’accidents de la route. J’espère au moins ça. »

« La crise a généré une déferlante de complotisme, de mauvaise science et de récupération politique »

Mathias Wargon, 53 ans, chef des urgences à l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Mathias Wargon, chef des urgences à l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

« Deux épées de Damoclès pèsent au-dessus de nos têtes et de 2021 : la troisième vague si les gestes barrières et la distanciation sociale continuent de se relâcher à l’occasion des fêtes de fin d’année, l’échec de la vaccination au vu du mouvement de rejet à l’œuvre. Je me refuse à faire des prédictions mais ces perspectives sont assez angoissantes. La plupart de mes soignants ne veulent pas se faire vacciner. Et ce qui est très inquiétant, c’est qu’ils reprennent les mêmes arguments que les complotistes.

« Sur le terrain médical et des sciences, la crise va laisser des traces. Ça va être très dur de remonter la pente en 2021 »

Ce qui est certain, c’est que le Covid aura détruit plus que des vies. La crise a généré une déferlante de complotisme, de mauvaise science et de récupération politique de tout bord. Sur le terrain médical et des sciences, elle va laisser des traces. Ça va être très dur de remonter la pente en 2021. Notre parole a été battue en brèche par des médecins et des scientifiques qui défendent une mauvaise science, c’est-à-dire qui affirment des résultats sans en apporter la preuve.

L’exemple le plus emblématique est bien sûr celui de l’hydroxychloroquine, vantée comme un remède miracle par Raoult. Jusqu’à maintenant, on débattait sur l’interprétation des résultats de nos études. Mais on était d’accord sur la base : la méthodologie, comment on fait une étude clinique. Là, on n’était même pas d’accord sur la base de la science. Ce sont des années de sciences qui ont été remises en cause.

Les réseaux sociaux ont été une énorme caisse de résonance pour tous ces discours. Les médias et en particulier les chaînes d’infos en continu ont aussi une responsabilité importante. »

« Les protocoles que je dois faire respecter, les familles n’en comprennent pas toujours le sens »

Marie-Amélie Cloez, 31 ans, élève-directrice dans un Ehpad à Châlons-en-Champagne (Marne)

« Jusqu’à la semaine dernière, les familles des résidents de notre Ehpad [établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] étaient prudentes concernant l’organisation, en famille, d’un réveillon. Mais depuis l’annonce du premier ministre, jeudi 10 décembre, autorisant les Français à fêter Noël, nous devons faire face à un flot de demandes.

Marie-Amélie Cloez, élève-directrice dans un Ehpad à Châlons-en-Champagne.

Les familles ont entendu Jean Castex dire qu’elles pourraient retrouver leurs proches, une bonne nouvelle. Mais ce que ces mêmes familles ne connaissent pas, ce sont les consignes que nous avons reçues du ministère de la santé, le week-end dernier, qui doivent encadrer ces moments de retrouvailles et les difficultés que nous avons sur le terrain à les mettre en place du fait du manque de personnel.

« Malgré cette crise sanitaire qui n’en finit pas, on tente d’introduire dans l’établissement un peu plus de gaîté »

D’un côté, il y a la détresse des familles qui expriment le besoin qu’elles ont de voir et retrouver leur proche. De l’autre, la responsabilité que nous avons d’organiser ces moments dans des salles dédiées, dans le strict respect des gestes barrières. Cela réclame de mobiliser des équipes déjà très occupées, alors nous faisons appel à des aides extérieures comme les bénévoles de la Protection civile ou des volontaires du Service civique.

Ces protocoles que je dois faire respecter, les familles n’en comprennent pas toujours le sens, elles le voient comme la privation de la liberté d’être en contact avec un être aimé. C’est humainement compliqué.

Malgré cette crise sanitaire qui n’en finit pas, on tente d’introduire dans l’établissement un peu plus de gaîté, alors nous organisons des goûters de fête, toujours dans le respect des protocoles. Cela crée quand même de l’émotion, on peut même lire de la joie sur les visages fatigués des équipes, qui partagent, enfin, quelque chose de positif, de joyeux avec les résidents. C’est un peu, dans notre Ehpad, l’esprit de Noël. »

« Je suis épuisé, ça m’est tombé dessus un peu brutalement, c’est difficile »

Thomas Gille, 39 ans, pneumologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis)

Thomas Gille, pneumologue à l’hôpital Avicenne, à Bobigny (Seine-Saint-Denis).

« Durant cette deuxième vague, on était moins dans l’inconnu, on s’est montré plus efficaces. Et comme le pic a été moins haut, ça nous a permis de ne pas mettre de côté l’activité habituelle, ça aurait extrêmement délétère pour les patients de prendre à nouveau du retard dans leur prise en charge.

Comme il est malheureusement probable que l’activité remonte dans les semaines qui viennent, il va falloir poursuivre au mieux cet équilibre. Les indicateurs de ville remontent, notamment en Seine-Saint-Denis. Dans le département, dès fin décembre-début janvier, on risque d’avoir une augmentation des passages aux urgences et des hospitalisations, donc un premier rebond, et il peut y en avoir un deuxième dans la seconde moitié de janvier, après les fêtes.

« On aimerait que des leçons politiques soient enfin tirées de cette épidémie, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent, alors qu’on a fait face une crise sans précédent »

Tout le monde a envie de faire une pause, on croise les doigts très fort pour que ça ne soit pas trop le bazar fin décembre. Je suis épuisé, ça m’est tombé dessus un peu brutalement, j’ai tenu longtemps et depuis une semaine, c’est difficile. Le soir, en rentrant, je prépare régulièrement des articles ou des cours ; en ce moment, je n’y arrive plus. Je m’endors en général la joue sur mon téléphone et je me réveille le matin pas vraiment reposé. Et encore, en réanimation, c’est pire, ils ont dû annuler leurs vacances de la Toussaint, certains n’ont pas coupé depuis l’été.

Le grand espoir, c’est les vaccins. Sans ça, on aura du mal à s’en sortir. Si on arrive à vacciner entre 60 % et 80 % de la population, j’ai envie de penser qu’à l’été, on sera déjà plus tranquille, même s’il est peu probable qu’on arrive à faire disparaître complètement le virus.

Et, surtout, on aimerait que des leçons politiques soient enfin tirées de cette épidémie, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent, alors qu’on a fait face à une crise sans précédent, qui a mis au jour le délitement de l’hôpital public. On a obtenu quelques miettes sur le salaire mais ce n’était pas du tout la première de nos revendications. La politique, c’est toujours plus d’ambulatoire, moins de lits, moins de personnels à activité égale… »

« Les réactions face aux vaccins, ça reste la grande inconnue »

Yann Bubien, 47 ans, directeur général du CHU de Bordeaux (Gironde)

Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux (Gironde).

« Chez nous, l’ambiance est redevenue morose. On revient à l’inquiétude. Après plusieurs semaines de baisse des hospitalisations et des admissions en réanimation de patients Covid, nous constatons depuis une semaine une remontée de ces deux indicateurs. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est réel. Ce qui est bien sûr inquiétant, c’est que nous sommes à la veille des fêtes de fin d’année, avec tout le potentiel de rebond de l’épidémie à l’occasion des retrouvailles avec la famille ou les amis.

Mais nous notons aussi que depuis un mois, il y a clairement eu un relâchement de la vigilance… Nous nous préparons à une très forte demande de dépistage dans la semaine du 21 décembre, qui va être compliquée à gérer. Et en cas de fort rebond de l’épidémie en début d’année, nous risquons d’être en tension car de nombreux soignants seront, eux aussi, en congés.

« Il y a aussi chez les soignants des réticences à la vaccination, surtout chez le personnel paramédical »

Nous nous préparons aussi à recevoir les vaccins. Il reste à espérer que la population soit au rendez-vous. En interne, nous avons montré que la pédagogie et la transparence fonctionnent plutôt bien : il y a aussi chez les soignants des réticences à la vaccination, surtout chez le personnel paramédical, mais nous avons mené une politique de sensibilisation et de communication interne qui s’est avérée très efficace.

Le mois dernier, nous avons fait beaucoup de pédagogie autour du vaccin contre la grippe et le taux de soignants qui se sont fait vacciner a fortement augmenté par rapport aux années précédentes. Il faut aussi communiquer, montrer l’exemple… Toute la cellule de crise du CHU s’était fait vacciner en même temps et nous avions posté les photos sur les réseaux sociaux.

Quelles seront les réactions face aux vaccins contre le Covid-19 ? Ça reste la grande inconnue… »

« Une éventuelle troisième vague après les fêtes, je m’y prépare, mais je suis fatiguée »

Mathilde Padilla, 21 ans, étudiante infirmière de dernière année, en stage au service réanimation d’un hôpital intercommunal en Normandie

« Il n’y aura pas de trêve en réanimation pendant les fêtes. Le service tourne à plein régime, il n’y a pas un lit de libre. Nous avons pourtant de moins en moins de cas Covid. Les patients atteints par le coronavirus ne représentent plus que 45 % des places. Ceux qui restent sont des hommes et des femmes particulièrement atteints et que nous ne parvenons pas à stabiliser. Ils sont là depuis longtemps et encore loin du bout du tunnel.

Mathilde Padilla, étudiante infirmière dans un hôpital intercommunal en Normandie.

« L’ensemble des soignants est épuisé. Il y a beaucoup d’arrêts maladie, on se remplace, les uns les autres, en boucle »

Parallèlement aux cas Covid, l’établissement est confronté aux conséquences du second confinement. Comme lors de la première vague, des patients, inquiets d’être contaminés en se rendant à l’hôpital, ont attendu trop longtemps avant de consulter un médecin alors qu’ils étaient malades.

Soumis à cette tension constante qui dure depuis des mois, l’ensemble des soignants est épuisé. Il y a beaucoup d’arrêts maladie, on se remplace, les uns les autres, en boucle : vendredi, je quitte, pour une journée, mon statut d’élève infirmière pour remplacer une aide soignante. Samedi, je redeviens élève, dimanche, je remplace à nouveau une aide soignante… J’alterne.

Quant à une éventuelle troisième vague qui pourrait nous submerger après les fêtes, je m’y prépare. Mais je suis fatiguée. »

« Le Covid nous a rappelé ce qu’était un monde sans vaccin »

Nicolas Van Grunderbeeck, 44 ans, réanimateur au centre hospitalier d’Arras (Pas-de-Calais)

Nicolas Van Grunderbeeck, réanimateur au Centre hospitalier d’Arras (Pas-de-Calais).

« Si plusieurs vagues de Covid se succèdent, ce sera très dur de tenir dans la durée. Nous n’avons plus qu’une à deux entrées Covid en soins critiques par semaine, mais nous risquons d’attaquer la troisième vague avec des patients de la deuxième vague encore hospitalisés. On entend beaucoup de gens dire qu’ils vont fêter Noël en famille… On a tous peur de conséquences, que cela recommence, mais nous sommes un peu résignés.

La perception de l’épidémie par le grand public a changé. Autant il y avait une peur démesurée au printemps, autant maintenant certains se disent que finalement, ce n’est pas si grave que ça, qu’on en fait trop. On a l’impression que les messages ne passent pas ou plus. Les mesures sont moins strictes qu’au printemps, mais elles sont moins appliquées. Tout le monde fatigue, tout le monde en a marre.

« J’espère que les soignants seront parmi les premiers à bénéficier du vaccin, car il y a une réelle surexposition »

Au-delà des patients atteints, les conséquences impactent tout le monde au niveau social, professionnel, psychologique… Le risque de “shit life syndrome”, cette maladie décrite dans le nord de l’Angleterre – pas de travail, pas d’espoir, pas de loisir, juste la malbouffe, le tabac et l’alcool – que nous connaissons bien, et qui tue à petit feu, concerne beaucoup de monde dans les mois à venir.

La suite dépend beaucoup du vaccin. J’espère bien que les soignants seront parmi les premiers à en bénéficier, car il y a une réelle surexposition. Cela me gonflerait vraiment de faire un Covid grave en janvier alors qu’il y a un vaccin accessible.

Certains disent : “On ne connaît pas les effets secondaires à long terme du vaccin”, mais on ne connaît pas non plus les effets à long terme du Covid. Le peu qu’on en sait n’est quand même pas très rassurant. On avait oublié ce qu’était un monde sans vaccin. Le Covid nous a rappelé ce que signifie vivre avec une maladie contagieuse, parfois mortelle. »

« La situation amplifie les troubles anxieux, dépressifs. La nervosité, l’irritabilité prennent le dessus »

Nathalie Leblanc, psychiatre en libéral dans le 15e arrondissement de Paris et formatrice pour l’association Suicide écoute

Nathalie Leblanc, psychiatre en libéral à Paris (15e) et formatrice pour l’association Suicide-Ecoute.

« La période des fêtes va être particulière. Je fais partie d’un comité d’éthique qui s’occupe de la prévention des suicides auprès de dizaines d’associations. Y-a-t-il plus de suicides aujourd’hui ? Je ne sais pas dire. En revanche, ceux qui reçoivent les appels évoquent des répercussions multiples. Les fêtes sont toujours une période difficile.

C’est durant cette période, comme lors des dimanches ou la nuit, quand on ressent le plus la solitude, que l’on constate une augmentation des suicides. Noël, plus que le réveillon du Jour de l’an, est une fête de famille qui remue plein de choses. C’est aussi une fête de la consommation qui accentue les différences sociales. Et cette année, beaucoup de monde va se retrouver au bout du rouleau financièrement.

« Certains patients confessent qu’ils n’ont plus envie de voir des gens, un ressort mental et moral semble cassé »

Les envies, comment peuvent-elles se matérialiser puisque tout est interdit ? Le couvre-feu à 20 heures, c’est de la folie furieuse, cela clôt absolument tout. Et l’interdiction de tout ce qui appartient au monde culturel est catastrophique. Les liens se sont distendus aussi. Ce qui pouvait arriver n’arrive plus. Les relations sur Internet, le virtuel, avant, étaient portées par une possibilité de contact, il y avait un rendez-vous. Ce n’est plus le cas. Certains de mes patients confessent qu’ils n’ont plus envie de voir des gens, un ressort mental et moral semble cassé.

La situation amplifie les troubles anxieux, dépressifs. La nervosité, l’irritabilité prennent le dessus, surtout chez ceux qui sont en télétravail. Ils n’en peuvent plus. Le pays va tellement mal. Je vois bien que l’usure, la fatigue, l’exaspération, l’incompréhension sont de plus en plus aiguës. »

« On peut encore mieux utiliser les médecins généralistes contre la maladie »

Slim Hadiji, 46 ans, médecin généraliste dans le 13e arrondissement de Marseille

« Cette semaine, j’ai perdu un patient de 60 ans, qui venait de passer quatre semaines en réanimation. C’est le quatrième décès dans ma clientèle depuis le début de l’épidémie, et cela me désole. Je le prends comme un échec personnel.

Slim Hadiji, médecin généraliste dans le 13e arrondissement de Marseille.

Au cabinet, les cas de Covid-19 baissent encore. C’est la fin d’une bataille, mais je sais que nous n’avons pas encore gagné la guerre. Personnellement, je crois à une troisième vague. La sortie du premier confinement, les vacances d’été, les brassages de population et la rentrée scolaire ont conduit à la deuxième. Nous devons nous préparer au même scénario après les fêtes de fin d’année. Le vaccin ne donnera pas son plein effet avant l’été et les braises sont là.

Je dis à mes patients de continuer à être vigilants, de respecter les distanciations, de ne pas être plus de six à table, de faire un test au moindre doute. Et s’il y a des personnes âgées, de garder le masque en permanence. Je leur dis aussi de faire un test à la sortie des fêtes s’ils ont croisé des parents, des proches venus d’autres régions. Ce n’est pas parce qu’on vous annonce un vaccin à la télé que tout est fini.

« J’espère qu’on pourra utiliser des tests salivaires pour les écoliers, collégiens et lycéens dès le premier jour de la rentrée scolaire »

Sur le terrain, nous, professionnels de santé, avons été parmi les premiers à alerter sur le retour de la maladie fin juillet à Marseille. J’espère qu’on nous prêtera attention quand nous signalerons les prochains signes avant-coureurs. Et qu’une meilleure stratégie sera prête.
Qu’on pourra, par exemple, utiliser des tests salivaires pour les écoliers, collégiens et lycéens dès le premier jour de la rentrée scolaire. Et que chaque entreprise demandera un test à son personnel avant la reprise du travail.

Le seul mérite de cette deuxième vague est que l’offre de soins s’est à nouveau tournée vers nous, les généralistes, comme premiers soldats contre la maladie. Même si les autorités sanitaires ne nous ont toujours pas fourni une feuille de route claire pour traiter le Covid, on nous a mieux impliqués. Dans l’avenir, on peut encore mieux nous utiliser.

Nous devons être placés au premier rang de la stratégie de vaccination. Nous sommes proches de la population, nous en sommes les confidents. Avec les contre-vérités diffusées et relayées par les réseaux sociaux et certains médias, nous sommes ceux qui peuvent combattre les préjugés et les doutes des patients. A condition, bien sûr, d’avoir des informations scientifiques précises et simples sur l’efficacité des vaccins, ce qui n’est pas encore le cas. »

Ce journal s’arrête le temps des fêtes de fin d’année. Nous le reprendrons en 2021 en fonction de l’évolution de l’épidémie. Retrouvez tous les précédents épisodes du « Journal de crise des blouses blanches », saison 1 et saison 2, ici.

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