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« Je me suis sentie humiliée » : ces familles que la crise sanitaire a fait basculer dans la pauvreté

Nassera, volontaire et trésorière au Secours populaire d’Aubervilliers, ajoute une baguette lors de la distribution de nourriture, le 30 avril 2021.

Un an de pandémie, un an de dégringolade économique et sociale, de récits tragiques et de témoignages déchirants ont eu raison de sa capacité à encaisser. Avant de les rencontrer en personne, Farid Achouche ne veut plus rien savoir des familles qui franchissent la porte de son épicerie solidaire. Il refuse de lire les fiches de renseignement transmises en amont par les centres communaux d’action sociale. Pourtant, ce professeur d’économie au sein d’un lycée de Roubaix, dans le Nord, en a vu d’autres. Ici, près d’un habitant sur deux vit sous le seuil de pauvreté.

Mais depuis le mois de mars 2020, la crise sanitaire a aggravé la situation des plus vulnérables et plongé nombre de foyers précaires issus des quartiers populaires dans une pauvreté inédite. Farid Achouche mesure tous les jours l’ampleur de cette déflagration. En une année, le nombre de familles ayant régulièrement recours à son épicerie solidaire, dans les quartiers nord de la ville, est passé de 100 à 700. Et la tendance s’accélère. Il a dû ouvrir un second point d’accueil, Le Panier garni, dans les quartiers ouest, qui vient en aide à plus de 120 foyers après une semaine d’existence seulement.

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L’homme évoque les 130 « gamins » (sur 500 élèves) qui ont disparu des radars du lycée professionnel privé Saint-François-d’Assise où il enseigne. Certains parents se sont retrouvés dans l’incapacité de payer les frais de scolarité, d’autres ont préféré garder le montant de la bourse et inscrire leurs enfants dans le public. Il raconte aussi l’histoire de cette mère, sans revenus depuis la faillite de l’entreprise pour laquelle elle faisait des ménages, qui ne peut sortir qu’à tour de rôle avec son fils adolescent : ils n’ont qu’une paire de baskets pour deux.

Il parle de cette femme enceinte et sans emploi, jetée à la rue avec ses deux enfants par son mari alcoolique qui ne supportait plus sa présence à force d’être enfermé avec elle dans un logement minuscule. Il donne le numéro de téléphone de Katia, 38 ans, deux enfants, licenciée en août 2020 et criblée de dettes depuis (loyers impayés, frais de scolarité, achat d’une imprimante… plus de 1 500 euros au total). « Je me suis sentie tellement humiliée au début, raconte Katia. Mais il faut parvenir à mettre ce sentiment de côté, c’est une question de survie. »

Une expérience « terriblement humiliante »

La pudeur et la honte empêchent la plupart de ces familles de témoigner à visage découvert, qu’elles habitent le Nord, l’Ile-de-France ou les Bouches-du-Rhône. Trop embarrassées de raconter à voix haute un quotidien qu’elles taisent souvent à leur entourage. « Je ne dirai rien, tranche ainsi cette étudiante yvelinoise en difficulté, les autres risquent de me reconnaître et de savoir… » Savoir qu’elle n’est pas parvenue à poursuivre ses études à distance, qu’elle a décroché ; savoir que son père a perdu son emploi, que ses parents sont sans le sou. Savoir que, pour la première fois de leur vie, ils sont des centaines de milliers à travers la France à avoir eu recours aux bons et aux banques alimentaires pour se nourrir. Savoir qu’ils se sont parfois retrouvés à la rue.

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