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« Islamo-gauchisme » : le CNRS condamne l’usage d’un terme qui « ne correspond à aucune réalité scientifique », Frédérique Vidal sous pression

La pression est montée d’un cran, mercredi 17 février, sur la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, jusqu’au sein de la majorité, pour avoir diligenté une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, quand l’exécutif peine déjà à atténuer les stigmates de la crise chez les étudiants.

Le timing en a fait s’étrangler plus d’un. Après avoir épinglé dimanche soir, sur CNews, l’« islamo-gauchisme » qui, selon elle, « gangrène la société dans son ensemble, et l’université n’est pas imperméable », Mme Vidal a enfoncé le clou mardi en annonçant avoir demandé au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) « un bilan de l’ensemble des recherches » qui se déroulent en France, afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme. Une « étude scientifique » plutôt qu’une enquête, s’empresse-t-on de préciser au ministère.

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Recadrage au sommet

Le recadrage au sommet s’est fait en termes policés à l’issue du conseil des ministres, mercredi. Emmanuel Macron a répété son « attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs », selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, prenant ainsi ses distances avec l’étude demandée par Frédérique Vidal.

Puis Gabriel Attal a encore rappelé que « la priorité pour le gouvernement, c’est évidemment la situation des étudiants dans la crise sanitaire, c’est évidemment la possibilité d’apporter un soutien financier aux étudiants en difficulté, c’est évidemment de permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir revenir progressivement en présentiel à l’université », rejoignant plusieurs voix au sein de la majorité appelant Mme Vidal à se concentrer d’abord sur ces points. « Quand elle est sur un plateau de télévision, elle devrait être obsédée par la vie des étudiants, pas sortir ce genre de choses », se désole un cadre de la majorité.

L’enjeu politique est énorme pour l’exécutif qui voit fleurir les images d’étudiants dans les files d’attente devant des banques alimentaires, et les témoignages de détresse psychologique chez les jeunes. Ce hiatus a d’ailleurs été exploité par l’opposition, à l’image du sénateur communiste Pierre Ouzoulias qui, interpellant le gouvernement sur les aides économiques pour les jeunes, a proposé avec ironie à Mme Vidal de « demander au CNRS à lancer une enquête sur le sujet ».

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« Aucune réalité scientifique »

Sur le fond, la sortie de Mme Vidal a provoqué la « stupeur » de la Conférence des présidents d’université (CPU), qui a publié un communiqué au vitriol vilipendant les « représentations caricaturales » et « arguties de café du commerce » du gouvernement.

Si dans un communiqué le CNRS s’est, lui, dit prêt à « participer à la production de l’étude souhaitée par la ministre », il a toutefois insisté sur le fait que le terme d’islamo-gauchisme « ne correspond à aucune réalité scientifique ». Le centre de recherche a par ailleurs tenu à « condamner avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques ». 

« On va demander à nos chercheurs du CNRS de devenir des flics qui enquêtent sur leur propre université, c’est absurde, il s’agit d’un dérapage incompréhensible », abonde auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Michel Deneken, administrateur provisoire à l’université de Strasbourg, mettant cette initiative sur le compte d’une stratégie politique pour « rallier la droite avant les élections régionales et la présidentielle ».

Le sillon, qui avait déjà été emprunté en octobre par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, était en effet creusé depuis plusieurs mois par la droite, dont le député Les Républicains (LR) Julien Aubert, qui réclamait une mission parlementaire sur la question.

« Vous n’avez rien d’autre à faire que de lancer une police de la pensée ? », s’est insurgée mardi la députée La France insoumise (LFI) Bénédicte Taurine, son collègue François Ruffin réclamant, lui, la démission de la ministre.

La polémique relance en tout cas les critiques autour de Mme Vidal, universitaire reconnue spécialiste de la génétique moléculaire, mais accusée de manquer de poids et de sens politiques. L’adoption en novembre de la loi de programmation pour la recherche, son texte phare, a ainsi été polluée par des amendements controversés, notamment sur le « délit d’entrave » dans les facs. « On lui a confié une loi historique, et le truc passe sous les radars », tempête encore un poids lourd de la majorité.

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Mais beaucoup mettent aussi en avant la difficulté du poste, dans un contexte où le sanitaire et l’économique emportent tout. « Elle a commis une erreur de communication, consent ainsi le député MoDem Philippe Berta, mais ça ne remet pas en cause son activité. C’est une femme très courageuse. »

Sur son compte Twitter, mercredi, la ministre réaffirmait son engagement vis-à-vis de la jeunesse.

Le Monde avec AFP

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