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« Gifler le président, c’est gifler la France » : les éditorialistes dénoncent d’une voix l’agression d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron et sa femme, Brigitte Macron, lors d’un déplacement à Valence mardi 8 juin 2021.

« Il faut donc une gifle pour rassembler. » Au lendemain de l’agression du président de la République, Emmanuel Macron, lors de son déplacement à Tain-l’Hermitage (Drôme) mardi 8 juin, les éditorialistes de la presse quotidienne et régionale s’indignaient unanimement d’une offense à la démocratie, dénonçant une « spirale délétère ».

« Offense insupportable, intolérable, bien moins anecdotique qu’il n’y paraît, car illustration d’une violence sous-jacente qui mine la vie quotidienne, pollue nombre de débats, et parfois même les discours de certains représentants de partis », dénonce Christophe Hérigault dans La Nouvelle République du Centre-Ouest.

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« Avec ce soufflet, une limite a été franchie », assure dans Le Parisien Jean-Michel Salvator :

« Ce geste résonne comme un sacrilège républicain qui témoigne de l’agressivité grandissante de la société en général et du débat public en particulier (…) Cette agression contre le chef de l’Etat est un signal d’alarme alors que s’amorce la campagne présidentielle. Il va falloir faire retomber ce soufflé. »

« Il faut donc une gifle pour rassembler. Au moins quelques heures. Une claque dans le visage du président pour voir une classe politique et médiatique rappeler les valeurs de la démocratie, la fragilité de la République, l’importance de pouvoir débattre », écrit Maurice Bontinck dans La Charente libre. Pour l’éditorialiste, il s’agit d’« un épisode de plus dans cette dégradation du climat. Un fond de l’air de plus en plus rance qui ne fait que banaliser la violence verbale »

« N’est-ce pas qu’une préoccupante suite logique que cette claque ? N’est-elle pas que le prolongement de tout ce qui abîme la République depuis des mois sans rencontrer de grandes résistances ? », s’interroge Florence Chédotal dans L’Echo républicain, journal du groupe Centre France, dénonçant une « spirale délétère ». « La violence, l’outrance, l’insulte ne sont certes pas des inventions modernes, mais jamais on ne leur a si bien tenu le crachoir », note-t-elle, estimant que « le niveau du débat donne le vertige ».

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« Gifler le président, c’est gifler la France. C’est nous gifler tous », réagit Patrick Jankielewicz, dans La Voix du Nord, et y voit « une étape de plus dans la lente désagrégation de la maison France ».

« Les appels à la violence se banalisent dangereusement »

Dans Midi libre, Eric Marty note que l’acte « interroge sur l’état de la société » à l’approche des élections :

« La violence, l’énervement après des mois de restrictions. Les errements surtout d’individus lassés par la confrontation politique. Et qui, sous prétexte de vouloir des actes, en viennent à faire n’importe quoi, confits dans des certitudes d’entre soi ».

Emmanuel Macron lui-même a beau l’avoir relativisé en invoquant des faits « isolés », « des complotistes aux survivalistes en passant par un tas de groupuscules aux intentions nébuleuses, les appels à la violence se banalisent dangereusement », prévient Mickaël Tassart dans Le Courrier picard. « C’est vrai sur les réseaux sociaux, mais aussi – même dans une moindre mesure – sur les plateaux télé, où des leaders politiques doivent faire leur examen de conscience après l’agression d’hier », plaide-t-il.

« Il est grand temps qu’élus, intellectuels, mais aussi simples citoyens reprennent la parole, renouent le dialogue et travaillent de concert pour repenser le monde de demain. Faute de quoi notre démocratie n’aura pas fini de tanguer dangereusement… », renchérit Isabelle Bollène dans L’Alsace.

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Bien que commentant lui aussi l’agression du président, Stéphane Bugat s’inquiète dans Le Télégramme de voir les réseaux sociaux et les chaînes d’information se comporter en « monstres voraces » à alimenter en permanence :

« La conséquence, c’est que tout est urgent, mais plus rien n’a d’importance. La rareté et la hauteur de vue ne sont plus de circonstance. Une gifle est aussi commentée qu’une déclaration de guerre. »

« Si le débat politique devait désormais se réduire à de tels excès, forcément bien relayés sur les réseaux sociaux, créant davantage le buzz que la qualité des projets, ce serait le meilleur moyen de rendre service au grand vainqueur des élections : l’abstention », s’alarme lui aussi Jean-François Laville dans L’Est Eclair.

Le Journal de la Haute-Marne, sous la plume de Patrice Chabanet, parle pour sa part d’« électrochoc » :

« Les insultes, les vociférations, les insinuations tiennent lieu de débats. La violence des mots a souvent été présentée comme un moindre mal. C’est oublier que de la violence des mots à la violence physique, il n’y a qu’un petit pas. »

Pour cet éditorialiste, « les paris restent ouverts » : « Soit la classe politique et la société aussi se ressaisissent. Soit l’agression d’hier n’est que le début d’une série détestable. En d’autres termes, soit la démocratie reprend le dessus, soit elle ne contrôle plus rien, livrée à la haine et au ressentiment. »

« Le symbole est odieux. Emmanuel Macron, quelle que soit la détestation que certains peuvent nourrir à son endroit, est le président de la République. Cette gifle, c’est la République qui la prend. Injustifiable », conclut Sébastien Lacroix dans L’Union.

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Le Monde avec AFP

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