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« Fragments de jeunesse », de Jérôme Tubiana : Modiano, l’ami inconnu

Patrick Modiano, jeune écrivain, en 1968.

« Fragments de jeunesse. Une amitié d’enfance avec Patrick Modiano », de Jérôme Tubiana, préface d’Erik Orsenna, L’Herbe rouge, 124 p., 18 €.

Un choc, suivi d’une frustration tenace. Lorsqu’il lit Un pedigree à sa parution, en 2005 chez Gallimard, Jérôme Tubiana est secoué. Ami d’enfance de Patrick Modiano, il était impatient de découvrir ce récit dans lequel l’écrivain évoque sa jeunesse, ses drôles de parents désunis, la mort de son jeune frère Rudy, les bonnes fées comme Raymond Queneau qui l’ont aidé à traverser cette période difficile jusqu’à la sortie de son premier livre. Bref, ces années qu’ils ont vécues ensemble, ou côte à côte.

A la lecture, Jérôme Tubiana retrouve tout de leur enfance commune : l’école de la rue du Pont-de-Lodi (Paris 6e) où il a connu Patrick et Rudy à la rentrée 1953, l’appartement du quai de Conti où ils jouaient le jeudi après-midi, la jeune fille qui les emmenait au bois de Boulogne, les parents Modiano, Albert et cette Luisa dont il était un peu amoureux… Tout, sauf lui. Car dans cette autobiographie Modiano cite des centaines de noms, dont ceux de plusieurs camarades du Pont-de-Lodi, mais pas Jérôme Tubiana.

Patrick Modiano représentait « une sorte de grand frère » pour l’auteur

Ceux qui côtoient des écrivains souffrent parfois de se retrouver transformés en personnages contre leur gré. Tubiana vit l’expérience inverse. Il se sent oublié, effacé de l’image, alors qu’il était, écrit-il, le « principal ami d’enfance » de Modiano « entre les âges de 8 et 14 ans », et qu’il avait continué à le voir jusqu’à la fin des années 1960. D’un an plus âgé, Patrick Modiano représentait « une sorte de grand frère » pour lui. Ils se sont revus ensuite au lycée Henri-IV. Et c’est grâce à Jérôme que « Patoche » a rencontré Queneau, un ami des Tubiana.

Passé la claque initiale, Jérôme Tubiana se dit que Modiano a sélectionné ses personnages pour « mieux contrôler son histoire ». N’a-t-il pas passé sous silence de la même façon d’autres amis clés de cette époque, comme Hughes de Courson ou Betty Duhamel ? Tubiana est par ailleurs frappé par l’atmosphère « uniformément sombre » d’Un pedigree, et l’image très dure donnée des parents Modiano. Luisa y est dépeinte comme une mère froide et avide, « une jolie fille au cœur sec ». Albert comme un affairiste qui ne communique avec son fils que par des courriers sévères tapés à la machine. Jérôme Tubiana, lui, se souvient au contraire d’une Luisa éblouissante, d’un « père affectueux ». Quai de Conti, « j’avais l’impression d’aller dans une famille unie, plus chaleureuse que la mienne », raconte-t-il.

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