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Enquête | Petits paysans étranglés, fruits traités au soufre… Les litchis de Madagascar ont un parfum de scandale

Une vendeuse de litchis sur le marché d’Hell-Ville, sur l’île de Nosy Be, à Madagascar, en 2013.

Les litchis de Madagascar n’ont jamais autant senti le soufre. Le traitement à l’anhydride sulfureux qui permet au fruit à coque rose de voyager pendant plusieurs semaines par bateau pour rejoindre l’Europe n’est cette fois-ci pas en cause. Ce sont des arrangements opaques entre les grands acteurs de la filière qui jettent le trouble sur le commerce de ces « perles de l’Orient », ces « cerises de l’empereur de Chine » comme les décrivent les publicités aux métaphores exotiques pour convaincre les consommateurs d’acheter les milliers de tonnes qui se déversent au moment des fêtes de fin d’année sur les étals des grandes enseignes du secteur de la distribution.

Le voile a été levé sur une entente peu conforme aux règles de la concurrence par Jean-Louis Bérard, un homme à l’itinéraire singulier qui ne fait pas partie du sérail des grands négociants malgaches. Si cet ancien architecte de Montpellier ne cache pas défendre ses propres intérêts en dénonçant un système que d’autres ont jusqu’à présent préféré garder secret par crainte de représailles ou parce qu’ils en tirent malgré tout bénéfice, il place, dans ce combat, un enjeu qui le dépasse. « Je ne suis pas revenu à Madagascar pour racler quelques sous sur le dos de pauvres paysans, mais pour apporter ma contribution au développement de ce pays où je suis né. Ce monopole m’empêche de travailler », résume-t-il sans détour.

Circuit huilé

Le 15 octobre, le propriétaire des Vergers de Madagascar a saisi le Conseil de la concurrence de la Grande Ile pour constitution de monopole à l’encontre du groupement des exportateurs de litchis (GEL), auquel sont affiliées une trentaine d’entreprises. Dans son plaidoyer, il dénonce un circuit huilé qui, du grand port de Tamatave, sur la côte est du pays, jusqu’à Rungis, permet de verrouiller un très lucratif marché.

Les témoignages recueillis par Le Monde, ainsi que les documents attestant de la création d’une structure offshore à l’île Maurice pour y faire transiter les transactions financières, vont dans le sens de ses affirmations. Roland Ratsiraka, député de Tamatave et membre du groupement, est un des rares à parler à visage découvert : « Le GEL est guidé par un népotisme qui permet à quelques personnes de s’accaparer la majorité des quotas d’exportation sans que nous ayons notre mot à dire. Nous ne pouvons plus décider quand, où, ni à qui nous vendons nos fruits. »

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Depuis que Bruxelles a autorisé, en 1987, l’importation de produits soufrés, la Grande Ile s’est lancée dans des exportations de masse

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