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Enquête | « Il a des chaussures à 2 000, des montres à 40 000, une voiture à 200 000 … » En Corse, les apprentis nababs de la bande du Petit Bar

Par Jacques Follorou

Publié aujourd’hui à 00h40, mis à jour à 16h31

Ce 6 juillet 2020, vers 17 heures, deux hommes regardent la télévision dans un appartement des beaux quartiers parisiens. Mickaël Ettori et Pascal Porri, deux piliers de la bande criminelle ajaccienne du Petit Bar, ont suivi les conseils de leur chef, Jacques Santoni, et savourent L’Homme sans pitié, un film sur la Mafia calabraise sorti en 2019. Mais leurs commentaires ne portent pas que sur le jeu des acteurs ou l’intrigue. A les entendre, l’œuvre agit sur eux comme un miroir. « Ils sont comme nous », glisse Ettori à Porri, lequel enchaîne : « On n’est pas comme des Siciliens. » Pourtant, dans un coin de ce deux-pièces meublé avec goût, trônent des figurines du Clan des Siciliens, avec le duo Gabin-Delon.

Dans le monde de Pascal Porri et de Mickaël Ettori, la fiction semble se confondre avec la réalité. Ces quinze dernières années, les deux comparses, associés à André Bacchiolelli, dit « Dédé », et Stéphane Raybier, ont gravi le sommet du crime organisé corse dans le sillage de Jacques Santoni. Cet homme de 42 ans a beau être cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident de moto, fin 2003, c’est bien lui, d’après les policiers, qui dirige la bande et règne en parrain sur la partie sud de l’île. Un avis partagé par la société corse et le reste du grand banditisme français.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Petit Bar, une saga du banditisme corse

En Corse et sur le continent, la saga du groupe commence à être connue. Elle renvoie au début des années 2000. A l’époque, ils font leurs armes à Ajaccio et incarnent la génération montante, adepte du film Scarface. Leur QG est un établissement du cours Napoléon, à deux pas de la préfecture : le Petit Bar. Peu à peu, à force d’extorsion, de trafics de stupéfiants et d’éliminations physiques, ils parviennent à placer la ville en coupe réglée.

Au fil des années, la disparition de leurs mentors renforce leur emprise, laissant le champ libre à leurs ambitions. Ainsi prennent-ils l’habitude de « monter » à Paris pour gérer leurs affaires, des revenus occultes devenus si importants, selon les enquêteurs, qu’il leur faut imaginer des filières internationales pour les blanchir.

La mine d’or des écoutes

Au terme d’un parcours criminel que la prison a peu interrompu, ils finissent par se croire invincibles et capables de déjouer toutes les techniques de surveillance, notamment en se parlant par l’application FaceTime et en augmentant le son de la télévision dans leurs domiciles, en Corse comme à Paris. Ce qu’ils ignorent, c’est que, faute de pouvoir intercepter leurs échanges téléphoniques, les policiers ont posé des micros dans tous les lieux privés qu’ils fréquentent dans la capitale : appartements, véhicules ou chambres d’hôtels…

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