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Enquête | Comment le cabinet de conseil Boston Consulting Group a piloté la stratégie de Renault en 2018 et 2019

C’était l’une de ces blagues de machine à café qui, à l’époque, circulait quai Alphonse-Le-Gallo, le siège de Renault à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), et qui fait doublement sourire aujourd’hui : « Avec du BCG à tous les étages, on n’a pas de retard de vaccination ! » Ces répliques étaient entendues durant les années 2018 et 2019. Et ce BCG-là n’a rien à voir avec une quelconque épidémie. Il s’agit de l’une des sociétés de conseil les plus huppées de l’industrie mondiale : le Boston Consulting Group.

Si le jeu de mots fait rire, c’est plutôt d’un rire nerveux, car la période est alors critique pour le groupe au losange : le PDG de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est arrêté à Tokyo en novembre 2018, puis incarcéré et il fuit le Japon le 30 décembre 2019. Cette affaire va plonger le groupe dans la plus grande crise de son histoire.

La déstabilisation n’est pas seulement judiciaire, elle est aussi interne. Selon des documents et des témoignages recueillis par Le Monde, le cabinet de conseil BCG a pris un poids dans les commandes managériales de l’entreprise, loin des usages historiques de la maison Renault, et contraire aux pratiques courantes.

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Ce système à l’ampleur inédite tourne autour d’un homme : Thierry Bolloré (qui n’a pas de lien avec le milliardaire Vincent Bolloré). Dauphin désigné par le PDG Carlos Ghosn, celui qui dirigeait depuis 2013 la partie industrielle de Renault devient d’abord directeur général adjoint du groupe Renault en février 2018, puis directeur général, début 2019, après la chute de son mentor. Il a finalement quitté Renault en octobre 2019. Il est directeur général du groupe anglo-indien Jaguar Land Rover depuis l’été 2020.

Un « patron bis »

Un autre personnage joue un rôle essentiel dans l’affaire : Antoine Gourévitch, partner (c’est-à-dire associé) du BCG, expert en industrie automobile, une des « stars » de l’antenne parisienne du cabinet américain. Plusieurs hauts cadres l’affirment : M. Gourévitch, inconnu du grand public, qui a eu pendant cette période son bureau chez Renault, en est devenu une sorte de patron bis, du moins en ce qui concerne l’organisation.

Un témoin décrit le processus, confirmé au Monde par plusieurs dirigeants et ex-dirigeants de haut niveau de la firme au losange : « Thierry Bolloré va, dès sa nomination en février 2018, engager un grand programme de transformation de l’entreprise, baptisé d’abord “Agile@Scale” puis Fast, concocté, sur mesure, par le BCG et Antoine Gourévitch. Or, le cabinet n’a pas fait que proposer le programme de transformation. Il en a complètement piloté le déploiement. »

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