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En Israël, une coalition inédite capable de renverser Benyamin Nétanyahou, après douze ans de règne sans interruption

Mansour Abbas (à droite), le chef du parti conservateur islamique, signe un accord de coalition avec le chef de l’opposition israélienne Yaïr Lapid (à gauche) et le leader d’extrême droite Naftali Bennett (au centre) à Ramat Gan, près de Tel-Aviv, le 2 juin 2021. Photo fournie par la Liste arabe unie.

Trente-cinq minutes avant minuit, Yaïr Lapid a fini par annoncer, mercredi 2 juin, ce qui longtemps avait paru impossible : il dispose d’une coalition. Huit chefs de partis israéliens, infiniment disparates, ont apposé leur signature au bas de l’accord de gouvernement qu’il peaufine depuis deux mois. Ils conduisent en théorie une courte majorité parlementaire (61 députés sur 120), capable de renverser Benyamin Nétanyahou, après douze ans de règne sans interruption.

« Ce gouvernement travaillera pour tous les citoyens d’Israël, ceux qui ont voté pour lui et ceux qui ne l’ont pas fait. Il fera tout pour unir la société israélienne », a assuré au président Reuven Rivlin le centriste Yaïr Lapid, constant dans sa manière de s’élever au-dessus des engorgements partisans depuis les dernières législatives, en mars.

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Ce sera là sa seule déclaration publique. Les principaux acteurs se taisent ou pèsent leurs mots au trébuchet. Le Likoud et M. Nétanyahou eux-mêmes sont demeurés silencieux mercredi. Dans l’intervalle, ce sont les images qui disent tout. Une heure avant l’annonce de M. Lapid, une photographie résumait l’improbabilité de cet instant, sa fragilité, sa beauté en un sens : il se tenait dans un hôtel de Ramat Gan (centre) aux côtés du chef d’un parti islamiste, Mansour Abbas, dernier homme à signer ce document, et de Naftali Bennett, le patron d’une petite formation d’extrême droite religieuse.

Une première dans l’histoire d’Israël

Entré en politique en 2013 en assumant un racisme décomplexé, M. Bennett demeure un défenseur des colonies en Cisjordanie occupée. Le poste de premier ministre lui est promis jusqu’en 2023, avant que M. Lapid ne s’en empare. M. Abbas leur offre une majorité.

C’est la première fois dans l’histoire d’Israël qu’un parti arabe rejoint de plein droit une coalition de gouvernement – dans les années 1990, ces partis s’étaient contentés de soutenir tacitement le gouvernement d’Yitzak Rabbin. M. Nétanyahou en est à l’origine. C’est lui qui a rompu le cordon sanitaire que maintenaient les partis sionistes autour de M. Abbas, après les élections de mars, les quatrièmes en deux ans. De petits alliés suprémacistes juifs du premier ministre, fraîchement entrés à la Knesset, avaient fait barrage à leur accord.

L’Histoire, pour l’heure, avance à pas comptés. M. Nétanyahou peut encore briser ce gouvernement avant que le Parlement ne lui accorde sa confiance, lors d’un vote prévu la semaine prochaine. Le président de la Knesset, membre du Likoud, peut repousser cette échéance. Entre-temps, le premier ministre usera de tous ses relais auprès de rabbins et de figures de la droite dite « idéologique » pour convaincre les troupes de M. Bennett de lâcher prise. Son parti, Yamina, élu avec 6,2 % des voix en mars, ne compte que sept députés.

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