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En Irlande du Nord, les émeutes se nourrissent du sentiment de trahison des unionistes après le Brexit

Des militants républicains et unionistes s’affrontent devant mur de la paix, sur Lanark Way, à Belfast, en Irlande du Nord, le 7 avril.

Les « murs de la paix » brûlent de nouveau en Irlande du Nord. Malgré les appels au calme de Londres, Dublin et Washington, de nouvelles violences ont éclaté jeudi soir 8 avril à Belfast, où la police anti-émeutes, ciblée par des jets de pierres et de cocktails Molotov, a repoussé des centaines de manifestants républicains à l’aide d’un canon à eau.

Depuis le 29 mars, chaque nuit apporte son nouveau lot d’échauffourées et de violence. Onze nuits d’émeutes sporadiques, qui ont démarré à Derry, avant de s’étendre à Belfast et à trois villes voisines (Carrickfergus, Ballymena et Newtownabbey), et qui se déroulent essentiellement dans la communauté unioniste. Des groupes d’adolescents, certains âgés d’une douzaine d’années seulement, armés de briques, de barres de fer et de cocktails Molotov, affrontent des forces de l’ordre retranchées derrière les Land Rover blindées et les canons à eau. Les jeunes assaillants sont généralement quelques dizaines, quelques centaines dans le pire des cas, souvent encouragés et applaudis par les adultes, parfois manipulés par des groupes paramilitaires unionistes.

Lire notre décryptage : Les raisons des violences en Irlande du Nord

La nuit du 7 au 8 avril a été la pire jusqu’à présent, quand les affrontements sont sortis des quartiers unionistes (protestants, qui s’identifient comme britanniques) pour se répandre aux républicains (catholiques, qui s’identifient comme irlandais). Dans l’ouest de Belfast, de chaque côté d’un haut mur divisant les deux communautés, quelque six cents jeunes se sont lancé des projectiles pendant plusieurs heures, unionistes d’un côté, républicains de l’autre. Mémoire de la guerre civile larvée qui a fait 3 500 morts en 1969 et 1998, ces murs surmontés de barbelés se terminent par des portes qui sont encore fermées chaque nuit dans certains quartiers, pour éviter les affrontements.

Des jeunes républicains attaquent des policiers dans le quartier de Springfield Road, à Belfast, en Irlande du Nord, le 8 avril.

Bilan pour l’instant : une cinquantaine de policiers blessés, des poubelles et des voitures incendiées par dizaines, et un chauffeur de bus miraculeusement indemne après qu’un cocktail Molotov a mis le feu à son véhicule. Ces « pires émeutes depuis des années », selon la police, viennent rappeler à quel point la situation politique demeure inflammable en Irlande du Nord, vingt-trois ans après l’accord du Vendredi saint de 1998, qui avait permis la paix.

Lire aussi (2018) : Le Brexit ébranle vingt années de paix en Irlande

Des violences aux multiples ingrédients

L’éruption de violence de ces derniers jours est le résultat d’un cocktail aux multiples ingrédients. Les restrictions liées au Covid-19, dans ces quartiers très pauvres d’Irlande du Nord, en sont un, comme pour d’autres accès de violence ailleurs en Europe. Les descentes de police ces derniers mois contre des groupes paramilitaires unionistes, liés à des trafics divers, en sont un autre.

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