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En dépit de la crise, un RSA élargi aux jeunes soulève toujours les réticences

A 18 ans, Lisa Saez, étudiante en première année de licence de biologie à Montpellier, vit encore chez ses parents. Ceux-ci habitant dans un petit village à plusieurs heures de transport de la métropole héraultaise, elle est régulièrement hébergée chez des amis afin d’économiser un loyer.

« Ce n’est pas exactement ce dont je rêvais pour l’année de mes 20 ans », confie-t-elle. Pour garder le moral malgré tout, Manon, qui n’a pas souhaité donner son nom, ne se connecte plus aux réseaux sociaux et marche beaucoup, pour se « vider la tête ». En novembre 2020, quelques mois après la fin de son BTS tourisme, elle devait entamer un CDD dans un hôtel des Alpes. « Mais, avec le Covid19, tout est tombé à l’eau. » A défaut de la mettre au chômage partiel, l’employeur a promis de l’embaucher dès que les stations rouvriront. En attendant, Manon loge chez son grand frère, en région lyonnaise. « Je n’ai pas le choix : comme je n’ai pas travaillé assez et que je ne suis plus étudiante, je n’ai droit à rien. »

Comme elle, des milliers de jeunes sans emploi, sortis du système éducatif avec ou sans diplôme, se retrouvent aujourd’hui en difficulté en raison de la pandémie, avec un accès limité aux aides sociales. « Et pour cause : il n’existe pas, en France, de filet de sécurité universel pour les moins de 25 ans, alors qu’il y en a un au-delà, avec le revenu de solidarité active [RSA] », souligne Guillaume Allègre, de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

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Certes, quelques milliers de jeunes peuvent malgré tout accéder au RSA, à des conditions strictes – s’ils ont déjà travaillé durant deux ans ou s’ils sont déjà parents. Certes, encore, ceux qui sont en emploi peuvent toucher les allocations logement et la prime d’activité, et 100 000 jeunes en difficulté bénéficient de la garantie jeunes (497 euros par mois), versée dans le cadre d’un accompagnement vers l’emploi.

« Les divers dispositifs forment un mille-feuille peu efficace »

Mais cela reste peu au regard des 963 000 personnes de 16 à 25 ans ni en études, ni en emploi, ni en formation recensées en France (les « NEET » en anglais, « not in education, employment or training »), et à qui la garantie jeunes est destinée. « Les divers dispositifs français forment un mille-feuille peu efficace, et la crise rappelle avec brutalité que des milliers de jeunes n’y ont pas droit », explique Elise Huillery, professeure à Paris-Dauphine et membre du Comité d’évaluation de la stratégie nationale contre la pauvreté. Elle rappelle que la garantie jeunes ne dure que douze à dix-huit mois, que seul un tiers des étudiants touchent une bourse de 60 à 500 euros par mois, et que le salaire moyen des moins de 25 ans qui travaillent est de 7 500 euros par an. « Ce sont littéralement des travailleurs pauvres. »

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