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Des centaines de milliers de Birmans de nouveau dans la rue malgré les arrestations

Des Birmans portant des pancartes à l’effigie d’Aung San Suu Kyi participent à une manifestation contre le coup d’Etat militaire devant l’ambassade de Chine, à Rangoun, le 12 février 2021.

La mobilisation contre le coup d’Etat ne faiblit pas en Birmanie. Malgré les nouvelles arrestations ordonnées par la junte, les centaines de milliers de manifestants étaient dans les rues, vendredi 12 février. Bravant l’interdiction de rassemblements, les contestataires étaient de nouveau très nombreux à défiler contre le putsch du 1er février, vivement condamné à travers le monde. Washington a d’ailleurs listé jeudi de nouvelles sanctions contre les généraux qui ont renversé Aung San Suu Kyi.

A Rangoun, la capitale économique, une foule variée – des médecins, joueurs de foot, étudiants, salariés du privé – défilait sur une des grandes artères de la ville. « Rendez-nous notre gouvernement élu ! », « respectez notre vote ! », scandaient-ils.

Des contestataires arboraient sur leur tee-shirt un ruban rouge aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi ; d’autres brandissaient des portraits de l’ancienne dirigeante de 75 ans, détenue au secret depuis douze jours. « Nous ne reprendrons le travail que quand le gouvernement civil de “Mother Suu” sera rétabli. Peu importent les menaces », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP), Wai Yan Phyo, un médecin de 24 ans.

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Dispersion brutale

Des rassemblements avaient lieu dans plusieurs autres villes, comme à Naypyidaw, la capitale administrative. Les manifestations étaient largement pacifiques, mais la tension était palpable. Les forces de l’ordre ont dispersé brutalement un sit-in dans le sud du pays et interpellées au moins cinq personnes. Mardi, la police a tiré sur des manifestants, faisant plusieurs blessés, dont une jeune femme, qui se trouve dans un état critique.

Le pays n’a pas connu un tel mouvement de contestation depuis la « révolution de safran », menée par des moines en 2007. Policiers, contrôleurs aériens, enseignants, professionnels de santé, un nombre important de fonctionnaires se sont mis en grève. Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, leur a ordonné jeudi dans un communiqué de reprendre le travail, faute de quoi « des actions efficaces seront prises » à leur encontre.

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Près de 250 personnes ont été placées en détention depuis le coup, d’après une organisation non gouvernementale (ONG) d’aide aux prisonniers politiques. Parmi elles, des responsables locaux, des députés, des membres de la commission électorale, des activistes.

« Mon mari était en train de faire des points de suture à un patient quand les policiers sont arrivés. Ils ont pointé leur arme sur lui et l’ont forcé à le suivre. On est sans nouvelles depuis », a rapporté à l’AFP Phyu Lae Thu, la femme d’un médecin qui avait rejoint le mouvement de désobéissance civile, lancé dans les premières heures après le putsch.

Dans le même temps, plus de 23 000 prisonniers vont être libérés, a annoncé le journal d’Etat Global New Light Of Myanmar. Aucune précision n’a été apportée quant au profil de ces détenus, mais des amnisties de masse se produisent parfois dans le pays.

Session extraordinaire des Nations unies

Les événements restaient au cœur de l’agenda international. Washington va bloquer les actifs et transactions aux Etats-Unis de dix responsables militaires ou anciens militaires tenus pour responsables du putsch, dont Min Aung Hlaing.

Mais les généraux birmans ne détiennent pas d’intérêts très importants outre-Atlantique, contrairement à Singapour, et ce genre de mesures n’a pas empêché dans le passé la junte de se maintenir à la tête du pays, relèvent des observateurs.

Trois sociétés, détenues ou contrôlées par l’armée dans le secteur très lucratif des pierres précieuses, sont également ciblées par l’administration américaine qui a fait planer la possibilité de mesures coercitives supplémentaires.

Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont aussi brandi la menace de sanctions. Le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU) va tenir vendredi une session extraordinaire sur la crise. La position de Pékin et de Moscou, soutiens traditionnels de l’armée birmane aux Nations unies, sera scrutée de près.

La junte censurée par les géants d’Internet

Des géants de l’Internet – dont Facebook, Google et Twitter – ont aussi réagi, dénonçant un projet de loi sur la cybersécurité qui permettra à la junte d’interdire des sites Web et d’obliger les réseaux sociaux à transmettre des métadonnées d’utilisateurs.

Facebook a déclaré qu’il réduirait la visibilité du contenu géré par l’armée, affirmant qu’elle avait « continué à répandre de fausses informations » après sa prise de pouvoir. « Les autorités n’auront aussi jusqu’à nouvel ordre plus la possibilité de nous demander de supprimer des publications », a ajouté la plate-forme, principal outil de communication pour des millions de Birmans.

La junte conteste la régularité des élections de novembre, remportées massivement par la LND. En réalité, les généraux craignaient de voir leur influence diminuer après la victoire d’Aung San Suu Kyi, qui aurait pu vouloir modifier la Constitution.

Très critiquée il y a encore peu par la communauté internationale pour sa passivité lors des exactions contre les Rohingyas, la Prix Nobel de la paix 1991, en résidence surveillée pendant quinze ans pour son opposition à la junte, reste adulée dans son pays.

Inculpée pour avoir illégalement importé six talkies-walkies, elle serait assignée à résidence à Naypyidaw, d’après son parti. La Birmanie a déjà vécu près de cinquante ans sous le joug des militaires depuis son indépendance, en 1948, avec des répressions sanglantes lors des derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007.

Le Monde avec AFP

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