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Débat chez les catholiques autour de la commémoration de prêtres tués par les communards

La mémoire de la Commune de Paris et de ses morts met les catholiques en ébullition depuis une semaine, après qu’une procession organisée en hommage aux prêtres et religieux tués pendant ces événements, il y a cent cinquante ans, eut été prise à partie, le 29 mai, dans l’est de la capitale. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « violences volontaires ». L’archevêque de Paris, Michel Aupetit, et Stéphane Mayor, le curé de la paroisse Notre-Dame des Otages, à l’origine de la marche, ont de leur côté porté plainte contre X pour « délit d’entrave à la liberté d’expression et de manifestation » et « délit d’atteinte à la liberté de culte ».

Les faits se sont produits lorsque les quelque 300 processionnaires ont croisé le chemin de manifestants qui venaient de célébrer la mémoire des communards au mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise. Les fidèles commémoraient, eux, les « martyrs de la rue Haxo », une cinquantaine d’otages, parmi lesquels dix prêtres et séminaristes, fusillés par les révolutionnaires le 26 mai 1871, pendant la « semaine sanglante », marquée par l’entrée des versaillais dans la capitale et une répression féroce.

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Une controverse est vite apparue entre différents courants catholiques. Mercredi 2 juin, dans La Croix, quinze personnalités catholiques, tout en condamnant les violences, qualifiaient la procession d’« aberration spirituelle et politique » expliquée par « une sélectivité mémorielle ». « Les otages de la Commune ont été assassinés non pas en raison de leur foi chrétienne, mais en raison de leur affiliation supposée aux ennemis de la Commune », dimension que les organisateurs ont eu le tort de ne pas prendre en compte, selon les signataires. « La marche commémorative du 29 mai enferme l’Eglise dans une action à destination des opposants à la Commune », alors qu’il aurait pu être possible de « s’unir par la prière à tous ceux qui ont donné leur vie pour la justice ».

Question de l’équité de traitement

Il y a « un temps pour évoquer le politique, un autre pour évoquer le spirituel, sans être obligés de tout mélanger, leur a répondu le père Stéphane Mayor dans Famille chrétienne. Quand on célèbre les morts de l’Eglise, on n’insulte pas les morts d’ailleurs ! Nous voulions simplement (…) donner du sens à ces morts tragiques pendant la Commune, sans occulter celles des communards. »

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Vendredi, La Croix rappelait que le cardinal François Marty, archevêque de Paris, avait refusé un service solennel à la mémoire des otages pour le centenaire du massacre de la rue Haxo. Il expliquait alors, en mai 1971 : « Il est tentant de s’annexer les victimes et de leur faire dire son propre discours ; je ne peux oublier la mort tragique de l’archevêque [de Paris] Mgr Darboy [fusillé le 24 mai 1871] et des otages qui ont été fusillés en mai ; je ne peux oublier la mort tragique de milliers de Parisiens, morts de faim, morts dans les combats, morts dans la répression. (…) Le diocèse de Paris se doit aussi de célébrer la mémoire de son archevêque et des Parisiens tombés il y a cent ans. »

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