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Covid : en réanimation, entre les démissions de soignants et l’afflux de malades, « notre grande inquiétude ce sont les ressources humaines »

Une infirmière prend en charge une patiente de 42 ans malade du Covid-19 et intubée depuis quatre jours à l’hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne), le 22 mars 2021.

Elle a encore la voix qui tremble quand elle évoque ce moment. « Le plus dur, c’est la culpabilité d’abandonner son équipe », confie Marina Cazalans. La soignante de 33 ans, qui travaillait en réanimation à l’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille) depuis près de quinze ans, comme aide-soignante puis infirmière ces trois dernières années, a démissionné en février. La troisième vague de l’épidémie du Covid-19 a été « la goutte de trop ». C’est avec un sentiment de « délivrance » qu’elle a débuté, mercredi 24 mars, sa carrière en libéral, loin de ce qui pour elle constituait une « passion », la réanimation.

Le métier, dans ce service si particulier de l’hôpital qui accueille les patients dans un état très grave, était devenu « inhumain ». « Plus dans mes valeurs », dit la jeune femme. Et de raconter pêle-mêle le « trop » de patients, les nouvelles recrues à former en permanence en quelques jours seulement, ou encore les patients les plus gravement atteints dont il faut s’occuper quand on fait partie des « seniors », comme elle.

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C’est aussi l’absence de reconnaissance qui l’a fait franchir le pas de la démission : « Tu manipules des produits dangereux, des machines extracorporelles hypercompliquées, tu es dans un stress permanent, dans des situations de plus en plus dangereuses, et tu gagnes 1 780 euros par mois… Ma mère, vendeuse, gagne mieux sa vie », lâche-t-elle. Le Ségur de la santé, ce plan annoncé à l’été 2020 par le gouvernement pour l’hôpital, avec une augmentation de 180 euros pour les personnels paramédicaux, sans aucune mesure spécifique pour la réanimation, l’a juste « écœurée ».

Tension toujours plus forte

Combien sont-ils ces soignants de réanimation qui ont quitté l’hôpital ? Pas assez nombreux pour apparaître dans les tableaux de bord des établissements. Il n’empêche, ils racontent en creux la tension toujours plus forte sur ces services en première ligne depuis de longs mois.

Des médecins ont de nouveau tiré la sonnette d’alarme, dimanche 28 mars : dans quinze jours, « nos capacités de prise en charge seront dépassées », « nous serons contraints de faire un tri des patients » en particulier pour « l’accès aux soins critiques », ont prévenu 41 directeurs médicaux de crise et médecins de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dans Le Journal du dimanche. Un collectif de neuf réanimateurs a alerté dans le même sens, dans une tribune au Monde : « En imposant aux soignants de décider quel patient doit vivre et quel patient doit mourir, sans l’afficher clairement, le gouvernement se déresponsabilise de façon hypocrite. »

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