Actualités

Covid-19 : la fréquentation des restaurants et les repas en général augmentent le risque de contamination, selon une étude de l’Institut Pasteur

L’étude rendue publique jeudi 17 décembre, et sur laquelle s’appuie le gouvernement pour justifier les fermetures des restaurants et des bars, était très attendue. Aller dans les restaurants ou les bars augmente le risque d’attraper le Covid-19, et les repas en général jouent un rôle central dans les contaminations, selon cette étude de l’Institut Pasteur baptisée ComCor.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs de ComCor ont interrogé 3 400 volontaires infectés par le Covid-19 et 1 700 autres qui n’ont pas été contaminés. Le but : définir des facteurs de risques (profession, mode de déplacement, endroits visités…) en comparant infectés et non-infectés. C’est ainsi qu’ils ont déterminé que la fréquentation des restaurants, bars ou salles de sport était associée à une augmentation du risque, contrairement aux transports en commun ou aux commerces (alimentaire, habillement…).

« Etre prudent » dans l’interprétation des résultats

« On voit dans cette étude une augmentation du risque associée à la fréquentation des bars et restaurants », explique son auteur principal, Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et membre du conseil scientifique, qui guide le gouvernement. Mais « il faut être prudent » dans l’interprétation de ces résultats « sur un sujet éminemment sensible », insiste-t-il. L’étude a été menée en octobre et novembre, pendant le couvre-feu puis le confinement, quand les établissements étaient partiellement, voire complètement fermés. Il est donc difficile de savoir « quelle est la part réelle des restaurants et des bars dans la transmission » du virus, puisque cette période ne correspondait pas à leur fonctionnement normal.

Lire aussi « On a le sentiment d’avoir été sacrifiés » : des professionnels de l’hôtellerie-restauration demandent la réouverture de leurs établissements

Selon l’étude, le risque augmente même davantage pendant le confinement que pendant le couvre-feu, ce qui semble paradoxal, puisque les établissements étaient alors censés être totalement fermés. « Cela laisse entendre qu’il y a eu des bars et restaurants ouverts de façon clandestine pendant le confinement » et que les personnes qui s’y sont rendues, même moins nombreuses, « s’y sont beaucoup exposées », avance le Pr Fontanet.

« Faisceau d’arguments »

Ces dernières semaines, les restaurateurs ont protesté contre les fermetures, en estimant qu’elles n’étaient pas justifiées scientifiquement. Des accusations rejetées par le premier ministre, Jean Castex : « On dispose d’études internationales », a-t-il dit mardi sur Europe 1, en assurant que pour le côté français, l’étude ComCor allait « confirmer » que la fermeture des restaurants et des bars était « nécessaire ».

Deux études américaines évoquaient récemment le rôle des restaurants dans les contaminations. L’une a été publiée en septembre par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d’Atlanta, aux Etats-Unis, l’autre en novembre dans la revue médicale Nature. « Il y a un faisceau d’arguments », dit le Pr Fontanet, en citant ces deux travaux, sa propre étude ainsi que « de nombreuses descriptions de transmission dans des restaurants » à travers le monde. « L’ensemble montre que c’est un lieu à risques. En revanche, l’ampleur du risque doit être réévaluée dans des conditions d’ouverture beaucoup plus classiques » que celles de son étude, juge-t-il.

Lire aussi Covid-19 : pourquoi bars et restaurants sont considérés comme étant à risque

Réunions privées

En plus de ce volet sur les facteurs de risques, l’étude ComCor comprend une autre partie, sur les circonstances de contamination. Elle porte sur 25 600 personnes infectées tirées des fichiers de l’Assurance-maladie (CNAM), interrogées par questionnaire. Elle montre que « les repas jouent un rôle central dans ces contaminations, que ce soit en milieu familial, amical ou à moindre degré professionnel », puisqu’on y est proche les uns des autres, et sans masque.

« Les réunions privées – familles, amis – constituent la principale source d’infection », rappelle le Pr Fontanet. « Si les gens organisent des dîners amicaux chez eux plutôt qu’aller au restaurant, ça ne change rien. » Quarante-quatre pour cent des personnes infectées savaient comment elles l’avaient été. En outre, un très grand nombre (97 %) s’est isolé, mais souvent trop tard, par exemple en attendant d’être testé.

Là encore, il faut toutefois prendre en compte le fait que la période particulière de l’étude ComCor ne permet pas de tirer de conclusion définitive. Elle sera poursuivie ces prochains mois pour affiner les premiers résultats et en savoir plus sur la transmission du virus dans d’autres endroits, comme les lieux de culture. « Ce n’est pas un outil de censure pour dire “Attention, c’est chez vous que ça se passe”, mais au contraire un outil qui accompagnera les réouvertures pour voir si on détecte un surrisque », conclut le Pr Fontanet.

Notre sélection d’articles sur le coronavirus

Le Monde avec AFP

Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Most Popular

Retrouvez toute l'actualité française et internationale sur France Actus.

© 2020 FRANCE ACTUS - TOUS DROITS RÉSERVÉS

To Top