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Covid-19 en France : les directeurs de crise de l’AP-HP préviennent qu’ils vont devoir trier les patients

Un patient dans une unité de réanimation chirurgicale, à l’hôpital Henri Mondor à Créteil, le 22 mars 2021.

Dans un contexte sanitaire toujours tendu face à l’épidémie du Covid-19 sur le territoire français, le président de la République Emmanuel Macron assure, dans un entretien au Journal du dimanche du 28 mars, que « rien n’est décidé » quant à un nouveau tour de vis, tout en assumant, de nouveau, son choix de ne pas avoir confiné le pays fin janvier. Dans le même temps, les directeurs de crise de l’AP-HP préviennent que les capacités d’accueil dans les hôpitaux de Paris seront bientôt dépassées, les obligeant à faire prochainement un tri parmi les patients, y compris parmi « les urgences vitales ».

  • Le cri d’alerte des hôpitaux de Paris

Une quarantaine de directeurs médicaux de crise de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) disent se préparer à faire face à la troisième vague de Covid-19 qui submerge la région parisienne, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche.

« Dans les quinze prochains jours, expliquent les 41 signataires, au premier rang desquels figure le professeur Bruno Riou, directeur médical de crise de l’AP-HP, nous avons une quasi-certitude sur le nombre de lits de soins critiques qui seront nécessaires, et nous savons d’ores et déjà que nos capacités de prise en charge seront dépassées au terme de cette période ». Selon eux, cette équation conduira à une situation dramatique :

« Dans cette situation de médecine de catastrophe où il y aura une discordance flagrante entre les besoins et les ressources disponibles, nous serons contraints de faire un tri des patients afin de sauver le plus de vies possible. »

« Ce tri concernera tous les patients, Covid et non Covid, en particulier pour l’accès des patients adultes aux soins critiques », poursuivent-ils en indiquant n’avoir « jamais connu une telle situation, même pendant les pires attentats subis ces dernières années ».

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Certes, « le tri des patients a déjà commencé puisque des déprogrammations médicales et chirurgicales importantes nous ont déjà été imposées et que nous savons pertinemment que celles-ci sont associées à des pertes de chances et des non-accès aux soins pour certains patients ». Mais « ces déprogrammations vont devoir s’intensifier dans les jours qui viennent, n’épargnant bientôt plus que les urgences vitales ».

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L’agence régionale de santé (ARS) a demandé aux hôpitaux d’Ile-de-France « d’anticiper une montée en charge du nombre de lits » de soins critiques avec un objectif de 2 200 lits disponibles pour accueillir les malades du Covid-19. Un premier palier à 1 800 lits doit être franchi dans quelques jours.

  • Augmentation constante du nombre de patients en réanimation

A l’échelon national, le nombre de malades en réanimation est en hausse régulière depuis le plus bas enregistré le 7 janvier (2 573 patients). Ils étaient 4 791 samedi, contre 4 766 la veille. Le nombre de patients admis en réanimation avait culminé le 16 novembre à 4 903 malades au plus fort de la deuxième vague de l’épidémie.

Au cours des dernières vingt-quatre heures, les admissions en réanimation ont légèrement diminué, s’élevant à 332 patients contre 476 la veille. Le nombre total de personnes hospitalisées en France à cause du Covid-19 était de 27 259 samedi, dont 1 567 nouvelles admissions sur la dernière journée. En vingt-quatre heures, 194 patients sont morts à l’hôpital des suites du Covid-19, portant le nombre total des décès enregistrés en France à 94 496 depuis le début de l’épidémie, il y a plus d’un an.

  • Macron ne ferme pas la porte à de nouvelles mesures

Dans un entretien au Journal du dimanche réalisé vendredi soir, le président de la République Emmanuel Macron garde le cap sur ses choix de politique sanitaire, mais ne ferme pas la porte à de nouvelles mesures, alors que de nombreuses restrictions sont annoncées régulièrement sur des zones localisées du territoire français.

« Pour les jours qui viennent, nous allons regarder l’efficacité des mesures de freinage et nous prendrons si nécessaire celles qui s’imposent. Mais à cette heure rien n’est décidé », souligne le chef de l’Etat. Comme lors de sa conférence de presse jeudi soir à l’issue d’un sommet européen, M. Macron défend son choix de ne pas avoir reconfiné fin janvier, contre l’avis de nombreux scientifiques :

« L’unanimité scientifique n’a jamais été au rendez-vous. Et parfois, les faits du lendemain viennent contrecarrer les certitudes de la veille. Certains nous disaient : En février, vous allez prendre le mur. On ne s’est pas pris le mur (…) On a pris des mesures proportionnées à la situation. »

Concernant les établissements scolaires, il répète que « la fermeture complète des écoles ne saurait être un tabou, mais elle doit demeurer un dernier recours et une mesure limitée au maximum dans le temps. »

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M. Macron « assume totalement » par ailleurs la stratégie française de déployer le vaccin par catégories d’âge, alors que la vaccination a été ouverte au plus de 70 ans samedi.

« Si j’ouvrais à toutes les tranches d’âge d’un coup, il y aurait des inégalités sociales et territoriales dans l’accès au vaccin. Ce serait un mauvais choix politique et sanitaire », dit-il, même si « certaines professions plus particulièrement exposées », comme les enseignants, pourraient être vaccinés plus tôt, comme il l’avait déjà indiqué.

Alors que la France aura « de plus en plus de doses », Emmanuel Macron mise sur « des mégacentres » pour remplir les objectifs de l’exécutif : dix millions de Français vaccinés mi-avril, vingt millions mi-mai, trente millions mi-juin. Il assure être en mesure de tenir son engagement de « proposer un vaccin à tous les adultes qui le souhaitent avant la fin de l’été ».

Le chef de l’Etat se dit ainsi persuadé que « dans quelques semaines, on aura totalement rattrapé les Britanniques ». Engagé depuis décembre dans une campagne massive de vaccination, le Royaume-Uni a administré près de 30 millions de premières doses de vaccin, contre 7,5 millions à la France dont 2,6 millions deux doses, l’écart étant nettement moins grand dans ce domaine par rapport aux Britanniques.

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  • Le secteur de la culture mobilisé

L’interdiction des rassemblements n’a pas empêché des musiciens de donner un concert classique devant l’Odéon-Théâtre de l’Europe, occupé depuis trois semaines par des intermittents du spectacle frappés de plein fouet par la fermeture des lieux culturels.

A Avignon, ce sont quelque 400 professionnels ou passionnés de reconstitutions historiques qui ont défilé en Vikings, chevaliers ou pirates pour alerter sur les difficultés rencontrées par leur secteur.

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Le Monde avec AFP

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