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Comment le Covid-19 a congédié le rituel du pot de départ

En entreprise, du fait des restrictions dues à l'épidémie Covid-19, il n'est pas possible de se réunir pour le pot de départ d’un collègue.

Préparez les gobelets, prévoyez des budgets cagnotte. Quand la vie d’après reprendra, notre première semaine sera consacrée à enchaîner quinze mois de pots en salles de réunion. Un an déjà que tous les e-mails annonçant les départs de collègues se terminent par des messages désolés à l’idée qu’ils se produisent dans des conditions qui ne permettent pas de se dire au revoir, mais qu’on ne perd rien pour attendre.

Evidemment, il n’aurait pas été question de les maintenir coûte que coûte, au risque de faire passer la hiérarchie pour une bande d’irresponsables (en mars 2020, un pot de départ à la Mairie de Paris s’est avéré un joli cluster et personne ne souhaite voir sa fête de départ faire le tour des réseaux sociaux, comme celles du commissariat d’Aubervilliers ou de la mairie de Valenciennes). Pas question non plus pour la direction d’admettre honnêtement qu’on a fait une croix dessus parce qu’en 2022 on aura déjà oublié les noms de ceux qui sont partis. Alors qu’on s’était convaincu que les pots de départ, comme les réunions, faisaient partie des incontournables parfois pénibles de la vie d’entreprise, enfermez-nous pendant quinze mois et les voilà qui semblent devenus le point d’orgue de nos expériences professionnelles.

Comme un voleur

Demandez à ceux qui approchent du départ en retraite comment ils se sentent, et c’est soudain la question du pot qui les taraude. Entendu : « Dans quelques mois, je ne serai plus là et il y aura peut-être juste l’autoreply [le message automatique] de la boîte mail pour s’en apercevoir. » Ou encore : « Si ça continue comme ça, il suffirait d’un variant philippin ou maltais et je vais partir à la retraite sans récupérer ma veste au boulot » Directeur d’une entreprise de logiciels actuellement en télétravail, Olivier doit partir au mois de mai. Le voilà qui se demande s’il aura l’occasion de repasser dans son bureau avant de le quitter. Il ne se voit pas demander à ses collègues de revenir dans l’entreprise pour leur dire au revoir (« l’ambiance sera nulle »), mais il ne se voit pas partir non plus comme ça, comme un voleur (« et j’aimerais bien avoir un cadeau »).

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Journaliste, Philippe avait réservé un bar pour son départ en mars 2020. Tout était prévu pour une soixantaine de personnes, une organisation parfaite, si ce n’est la date, dix jours après le début du confinement. Comme tout le monde, il a commencé par dire qu’on ferait ça en juin, et puis « on remet ça à la rentrée ». Aujourd’hui, il ne saurait plus bien dire à la rentrée de quelle année il songeait. Ses collègues lui ont fait parvenir l’enveloppe prévue. Comme le veut le nouvel usage, il est allé s’acheter son cadeau tout seul et leur a envoyé une photo (chez Litchee, la part des cagnottes « pot de départ » directement offertes au bénéficiaire en argent sonnant et trébuchant a augmenté de 25 % en 2020 par rapport à 2019).

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