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Clément Beaune : « Sur l’austérité, l’Europe a changé de logiciel »

Clément Beaune, le secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, en 2017, à Paris.

Le modèle social européen a mieux protégé les citoyens contre la crise que celui des Etats-Unis, affirme Clément Beaune, le secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes. L’Union européenne a désormais pour priorité d’avancer sur les sujets sociaux, comme la formation et l’emploi, explique-t-il. Mais certains Etats se montrent toujours réticents à l’établissement de standards minimums communs.

Lors du sommet social de Porto, début mai, les Européens ont adopté une déclaration commune pour renforcer l’Europe sociale, mais ce texte n’a rien de contraignant. Est-ce un échec ?

Je ne pense pas. Pendant la crise, le modèle social européen a été bien plus protecteur que celui des Etats-Unis, avec les amortisseurs automatiques, le haut niveau de dépenses sociales, mais aussi les différents mécanismes mis en place, comme le chômage partiel ou les aides publiques aux ménages et aux entreprises. Les Européens s’en sont rendu compte et doivent en être fiers.

Le sommet de Porto a eu lieu à ce moment charnière où l’on commence à se projeter dans l’après-crise, à étudier comment renforcer le modèle européen pour répondre aux angoisses des citoyens, notamment des jeunes. Ce n’est pas technocratique ou lointain. La déclaration renforce le socle des droits sociaux adoptés à Göteborg, en 2017, et déclinés partout en Europe, comme le congé parental et, bientôt, des salaires minimums européens. Elle a été soutenue par l’implication importante des partenaires sociaux. L’objet est de démontrer que l’Europe n’est pas une jungle concurrentielle qui tire vers le bas au détriment des citoyens : au contraire, elle peut et elle doit protéger.

Les Etats membres sont néanmoins très divisés sur le sujet. Comment dépasser ces lignes de fracture ?

Il faut être lucide. Les compétences de l’UE en matière sociale restent limitées et, même si l’on a progressé depuis 2017, il faut encore convaincre un certain nombre d’Etats de monter à bord. On observe deux types de réticences. Celles des pays nordiques, d’abord, qui se manifestent notamment autour de la directive sur les salaires minimums. Ils redoutent que la qualité de leur modèle social soit érodée par l’Europe, ou que celle-ci interfère avec leurs négociations collectives nationales – une crainte infondée.

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Les pays de l’Est, eux, craignent plutôt que l’Europe casse leurs avantages compétitifs. Evidemment, la Bulgarie, la Roumanie ou la Hongrie ne pourront pas atteindre du jour au lendemain les standards de l’Ouest en matière de salaires. Ces pays doivent néanmoins comprendre que ce mouvement n’est pas contre eux, mais contre le dumping social. Monter en puissance socialement est dans leur intérêt.

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