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« Citizen Kane » plombé par une critique publiée il y a quatre-vingts ans

Une image du film d'Orson Welles,

Sale temps pour Citizen Kane, le film mythique d’Orson Welles. Déjà, lors de la 93e cérémonie des Oscars, dimanche 25 avril, Mank, le film de David Fincher qui revisite la genèse du film, a dû se contenter de récompenses techniques, pour sa photographie et ses décors.

Mais un malheur n’arrive jamais seul. The Hollywood Reporter, l’une des principales publications de l’industrie du cinéma américaine, rapporte que le site Rotten Tomatoes, un agrégateur de critiques très suivi dans le milieu du septième art outre-Atlantique, a fait tomber de son piédestal l’oeuvre qui était considérée jusqu’à présent comme le « plus grand film de tous les temps ».

Rotten Tomatoes a en effet exhumé une critique publiée le 7 mai 1941 dans le Chicago Tribune, page 25. L’autrice de la critique, Mae Tinee, écrivait : « Vous avez beaucoup entendu parler de ce film et je vois que certains experts le considèrent comme le plus grand film jamais réalisé. Pas moi », écrit-elle. Avant d’ajouter :

« C’est un film intéressant, différent. C’est un film suffisamment bizarre pour devenir une pièce de musée. Mais l’excentricité y prend tellement le pas sur la simplicité qu’elle finit par nuire à la qualité du film et qu’il en perd tout ce qu’il pourrait avoir de divertissant. »

Même le noir et blanc du film vanté depuis des décennies est décrit comme « sombre et effrayant ». A elle seule, cette critique suffit pour sceller le destin de Citizen Kane qui passe au « Tomatomètre » d’une cote parfaite de 100 % basée sur 116 critiques à… 99 %.

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Le Cuirassé Potemkine (1925), Les Raisins de la colère (1940), Terminator (1984) ou encore Toy Story (1995) font partie de ces œuvres qui continuent à bénéficier de cette cote parfaite de « 100 % de fraîcheur » et supplantent Citizen Kane. Avec une note de 100 % basée sur 244 avis positifs, Paddington 2, réalisé par le Britannique Paul King en 2017, se distingue.

Le « Tomatomètre » n’est pas infaillible

Désormais, si l’on prend en compte le nombre records d’avis positifs, ce film pour enfants peut être considéré comme le nouveau « meilleur film » de tous les temps. Peu après sa sortie en salles, Le Monde écrivait à son propos : « Paul King filme une nouvelle aventure, délicieusement british, du héros en peluche et chapeau mou », estimant que le film est « drôle et bon enfant ».

Lire la critique du « Monde »: « Paddington 2 » : l’ours ressort de sa tanière

Dans The Hollywood Reporter, Paul King explique : « C’est extrêmement charmant de figurer sur une liste qui inclut Citizen Kane, c’est évidemment une liste assez étonnante, puisqu’elle va de Citizen Kane à Paddington 2, mais je vais essayer de ne pas la prendre trop au sérieux… Je ne vais pas trop me monter à la tête et construire immédiatement mon Xanadu », en référence à la résidence de Charles Foster Kane, le héros de Citizen Kane. L’information a donné lieu à de multiples les détournements sur les réseaux sociaux.

Le « Tomatomètre » de Rotten Tomatoes – le nom du site vient du lancer de tomates pourries sur les acteurs médiocres et d’une scène du long-métrage québécois de Jean-Claude Lauzon, Léolo (1992) dans laquelle une actrice tombe dans un bac de tomates – n’est pas infaillible, sa pertinence est fragile.

Sur un coup de tête, un critique peut décider de faire dérailler le classement, descendre un film. Lady Bird (2017) de Greta Gerwig a été victime de cette mésaventure. Le film bénéficiait d’une note de 100 % sur la base de 196 critiques positives lorsque le critique Cole Smithey a écrit une critique négative, uniquement pour faire baisser sa note. Depuis, Lady Bird reste coincée à une note de 99 % avec 395 critiques.

Mae Tinee, un nom de plume

Quant à Citizen Kane, il pourrait s’enfoncer un peu plus dans le classement. Le 2 juin 1941, dans The New Republic, le critique Otis Ferguson s’en prenait à son côté grandiloquent, relevant qu’il y a trop de moments dans lesquels les acteurs ne font que parler, encore et encore : « Ce qui est bien pour une scène de théâtre, peut-être moins pour le cinéma », écrivait-il. Elle n’a cependant pas été répertoriée par Rotten Tomatoes.

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Mais qui est Mae Tinee ? Selon le site Boing Boing, il s’agirait d’un pseudonyme utilisé par les critiques de cinéma du Chicago Tribune. Le journal écrit pour sa part que Mae Tinee est un nom de plume qui fait référence à « matinée », en français, qui désigne la séance de l’après-midi au théâtre ou au cinéma. Il a été utilisé entre 1915 et 1966 par plusieurs journalistes pour chroniquer des films muets puis parlants.

De son côté, The Women Film Pioneers Project (WFPP), un projet scientifique qui explore le rôle des femmes dans les débuts de l’industrie cinématographique, estime qu’il s’agit de Frances Peck Grover (1886-1961) dont les archives personnelles sont déposées à la Northwestern University à Evanston, dans l’Illinois. Selon le WFPP, ses critiques caustiques dans le Chicago Tribune poussèrent la Chicago Motion Picture Owners’ Association à protester auprès de son employeur.

Frances Peck Grover aurait choisi le pseudo de Mae Tinee – parfois écrit Mae Tinée – après avoir écrit un compte-rendu dithyrambique de Mères françaises, un film français réalisé par René Hervil et Louis Mercanton (1917) avec Sarah Bernhardt. Quand elle meurt à Evanston, en mai 1961, le New York Daily News évoque « l’une des premiers critiques cinématographiques à professionnelle du pays ». Rien n’indique qu’Orson Welles ait envoyé une couronne.

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