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Chronique | « Coloniser Mars ? Le fantasme d’un exode vers d’autres mondes nourrit nos imaginaires et rend supportable la destruction de notre environnement »

A l’entrée de « Mars Base 1 », un projet C-Space ouvert au public dans le désert de Gobi (province du Gansu, Chine), en 2019.

Chronique. Souvenez-vous : c’était en septembre 2020 et dans les gazettes, il était fortement question de phosphine. Les médias bruissaient de ce mot étrange que la plus grande part d’entre nous n’avait jamais entendu, mais qui portait alors une information assez importante pour saturer l’espace public, le temps de quelques jours.

Une étude publiée dans Nature Astronomy faisait état d’une détection de phosphine dans l’atmosphère de Vénus et c’était là, suggéraient les auteurs de ces travaux, l’indice d’une vie microbienne dans la couverture nuageuse de la planète. La phosphine est en effet, paraît-il, la signature d’un métabolisme bactérien.

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La découverte fut rapidement démentie, et vite remplacée par bien d’autres histoires du même tonneau. Quelques jours plus tard, la télévision publique française diffusait un documentaire expliquant comment la ceinture d’astéroïdes pourrait être utilisée comme base arrière de la conquête du système solaire. En commençant peut-être par la colonisation de Cérès – planète naine à laquelle le physicien Pekka Janhunen (Centre d’observation spatiale de l’Institut météorologique de Finlande) vient de consacrer une étude de « terraformation », postée sur le site de prépublication arXiv.

Science hollywoodienne

Une nouvelle fracassante vint occuper la conversation publique quelques jours plus tard avec le lancement mondial, fin janvier, d’un essai de l’astrophysicien Avi Loeb (université Harvard), suggérant que ‘Oumuamua – un astéroïde de forme oblongue dont la trajectoire surprend les scientifiques – serait en réalité un vaisseau extraterrestre…

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Derrière cette accumulation de science hollywoodienne et son relais dans les médias se cache bien plus qu’un intérêt pour les progrès de la connaissance (dont nul ne conteste la valeur intrinsèque). Il se forme là, à l’évidence, une mythologie qui ne dit pas son nom, mais qui travaille les imaginaires et les inconscients.

Par l’empilement d’informations décontextualisées faisant accroire qu’il y aurait dans le cosmos une multitude d’ailleurs vivables et accessibles, elle rend plus supportable la destruction de l’environnement, en nourrissant le vague espoir d’un exode possible – ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si la première mission des Emirats arabes unis vers Mars a été baptisée « Al-Amal » (« espoir », en français).

Le registre de vocabulaire utilisé par les scientifiques et les journalistes puise inconsciemment à cet espoir irrationnel. Ne dit-on pas de certaines exoplanètes qu’elles se situent dans la « zone d’habitabilité », lorsqu’elles sont à une distance de leur étoile compatible avec le maintien à leur surface d’eau liquide ? Parler d’habitabilité, c’est déjà envisager une habitation.

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