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Avec la disparition d’Adobe Flash, une page de l’histoire du Web se tourne

Adobe a racheté l’entreprise responsable du logiciel Flash Player en 2005 pour 3,4 milliards de dollars.

Les mauvaises langues diront que ce jour aurait dû arriver bien plus tôt, mais beaucoup ressentiront probablement une pointe de nostalgie le 1er janvier. A partir de cette date, Adobe va cesser la distribution et la mise à jour du logiciel Flash Player. Deux semaines plus tard, à partir du 12 janvier, l’entreprise américaine bloquera tous les contenus qui utilisent cette technologie.

C’est une page d’histoire du Web qui se referme. Adobe Flash Player est un logiciel qui permet d’afficher, sur la plupart des navigateurs, des animations, des vidéos, voire des jeux plus ou moins sommaires. Pendant de longues années, Flash était installé sur la grande majorité des ordinateurs et compatible avec les principaux navigateurs (Mozilla Firefox, Internet Explorer, Google Chrome). C’était alors le moyen le plus efficace d’afficher une vidéo où une animation sur son site. Jusqu’en 2015, c’est même cette technologie qui était utilisée par YouTube, le plus gros site de partage de vidéos au monde.

Rétrospective : L’inévitable disparition de Flash Player, ancien logiciel phare du Web

Né dans les années 1990

L’histoire de ce logiciel, racontée jusqu’à l’usure, remonte au début des années 1990. En 1993, trois Américains, Jonathan Gay, Michelle Welsh et Charlie Jackson, ont lancé l’entreprise Future Splash, et commercialisé SmartSketch, un logiciel de dessin pour ordinateurs. L’outil a très vite évolué pour proposer également de composer des animations, et ainsi concurrencer un autre logiciel de l’époque : Macromedia Wave. L’affaire s’est finalement soldée, en 1996, par le rachat de Future Splash par Macromedia, puis par la sortie d’un nouveau logiciel : Macromedia Flash.

Pendant près de dix ans, Macromedia Flash, le logiciel permettant de concevoir des animations, puis des jeux interactifs, et Macromedia Flash Player, l’outil servant à afficher ces créations sur les sites Internet, ont gagné en popularité. Jusqu’au rachat, en 2005, de Macromedia par Adobe, pour environ 3,4 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros).

Une communauté d’amateurs passionnés

La même année est né le site YouTube, aujourd’hui la plus grosse plate-forme vidéo au monde. Dès sa création, YouTube a utilisé, pour afficher les vidéos à ses utilisateurs, le logiciel Adobe Flash Player. Cette adoption a accéléré la popularité de Flash comme outil pour diffuser des vidéos sur Internet.

Mais dans le même temps, les outils Flash ont, à la fin des années 1990, puis au début des années 2000, rassemblé une immense communauté d’amateurs passionnés. A cette époque, des milliers d’internautes voulant créer leurs propres minifilms d’animation, ou des jeux vidéo sommaire, se sont emparés de Flash. Et ils ont trouvé refuge sur un petit site devenu un mastodonte : Newgrounds. « Flash était l’outil de création dont j’avais toujours rêvé », explique, dans une interview au site Ars Technica, Tom Fulp, créateur de Newgrounds. « Ça a permis à toutes sortes de gens de faire des animations et des jeux ; des gens comme moi qui, sans Flash, ne seraient pas où ils sont aujourd’hui », ajoute-t-il dans une interview au site Kotaku. Newgrounds est, à l’époque, un marché aux puces de la création amateur, avec autant de jeux et séries d’animations devenus cultes que d’œuvres douteuses ou moralement répréhensibles.

Lire aussi Dix jeux cultes à (re)découvrir avant la disparition de Flash

Un cauchemar pour la sécurité

Seulement, Flash n’est pas qu’une technologie idéale pour afficher des vidéos ou créer des jeux vidéo, c’est aussi un logiciel qui s’est forgé une très mauvaise réputation dans le domaine de la sécurité informatique. En tant que logiciel installé sur la grande majorité des navigateurs Web et des ordinateurs sur le marché, Flash est tout naturellement devenu une cible de choix pour les pirates.

D’année en année, des failles de sécurité parfois critiques ont été découvertes, puis corrigées. En 2015, le responsable de la sécurité de Facebook, Alex Stamos (qui a depuis quitté l’entreprise), a même appelé à la mort de Flash, estimant que le logiciel représentait un risque bien trop important pour les internautes. « Il est temps pour Adobe d’annoncer la fin de vie de Flash », a-t-il alors déclaré sur Twitter, après l’annonce d’une nouvelle vague de failles de sécurité.

En 2010, déjà, le PDG d’Apple, Steve Jobs, avait expliqué dans une lettre ouverte pourquoi il n’autorisait pas l’utilisation de Flash sur iPhone et iPad, citant, entre autres, des problèmes de sécurité.

Un logiciel en fin de vie

Ainsi, lorsqu’en 2017, Adobe a finalement annoncé la disparition de Flash à compter du 1er janvier 2021, le logiciel était déjà en fin de vie. Car depuis, les standards du Web ont évolué. Le HTML5, le langage qui permet de concevoir et afficher les pages Web, permet aujourd’hui, et très facilement, d’afficher des vidéos, ou d’intégrer des jeux codés sur Unity ou en Java, par exemple. En 2015, YouTube a cessé d’utiliser Flash pour afficher ses vidéos, s’appuyant désormais sur le HTML5.

Le déclin de Flash a été illustré par des chiffres communiqués par Google en 2018 : selon l’entreprise, cette année-là, seuls 8 % des internautes utilisant le navigateur Chrome avaient chargé une page Web contenant du contenu Flash, contre 80 % en 2014.

Quand aux jeux et animations en Flash, des passionnés s’attachent à les sauvegarder, dans la mesure du possible, pour garder une trace de la créativité de milliers d’internautes au début des années 2000. En s’appuyant sur un logiciel émulant la technologie de Flash, la fondation Internet Archive a d’ores et déjà préservé plus de 1 000 contenus. De son côté, le développeur Ben Latimore maintient, depuis 2017, le logiciel Flashpoint, qui vise à préserver plusieurs dizaines de milliers de productions Flash.

Eclairage : Avant la disparition de Flash, Internet Archive entreprend de préserver jeux et animations
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