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Aux Etats-Unis, bataille pour des noms d’oiseaux plus inclusifs

Une étude réalisée en 2011 par le Fish and Wildlife Service recensait 93 % d’ornithologues blancs, contre 4 % de noirs (ici, observation d’oiseaux dans le Maryland, le 28 avril 2021).

Déboulonnage des statues de généraux confédérés, bases militaires, rues et équipes sportives rebaptisées… La mort de l’Afro-Américain George Floyd, au printemps 2020, sous le genou du policier blanc Derek Chauvin a donné le coup d’envoi à un mouvement visant à confronter les Etats-Unis aux symboles de leur passé raciste, esclavagiste et colonial.

Cette onde de choc a fini par toucher l’un des derniers bastions de la suprématie blanche : l’ornithologie. Cette branche de la zoologie, qui a pour objet l’étude des oiseaux et est encore pratiquée par une large majorité d’amateurs, est aujourd’hui en pleine introspection, comme l’illustre un récent séminaire de l’American Ornitological Association (Société américaine d’ornithologie, AOS), consacré aux noms vernaculaires des oiseaux d’Amérique du Nord.

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L’AOS, institution fondée en 1883, a été bousculée en août 2020 par une tribune publiée par Jordan Rutter et Gabriel Foley dans le Washington Post, appelant à décoloniser l’ornithologie. Les deux ornithologues écrivent alors notamment que « le colonialisme entache les noms vernaculaires de plusieurs oiseaux [qui] à ce titre doivent être modifiés ».

« En Amérique du Nord, il n’y a que des hommes blancs et quelques femmes blanches dont le nom a été donné à des oiseaux [et à d’autres espèces]. Beaucoup parmi eux étaient des personnages ignobles, même selon les critères du XIXe siècle. Ils représentent une période de l’histoire coloniale et d’exploitation dont beaucoup de gens ressentent encore les effets », précise Jordan Rutter au Monde.

Des cadavres dans le placard

Parallèlement, les deux ornithologues ont lancé le site Bird Names for Birds qui rappelle que le nom d’un oiseau peut décrire son apparence, son comportement, son habitat, son chant ou le nom d’une personne… Mais qu’un nom honorifique ne décrit rien de l’oiseau ou même de l’histoire : il sert juste à honorer quelqu’un. Le site répertorie plus 150 oiseaux dont les noms sont liés à des personnages « problématiques », comme William Alexander Hammond, John Bachman ou John Kirk Townsend.

Ce dernier a donné son nom au Townsend’s Solitaire (Myadestes townsendi, Solitaire de Townsend) et au Townsend’s Warbler (Setophaga townsendi, Paruline de Townsend). Non content d’explorer l’Ouest américain, cet ornithologue a pillé les crânes des tombes amérindiennes dans les années 1840, pour apporter sa pierre à la phrénologie et au racialisme, pseudosciences portées par son ami, le médecin et anthropologue Samuel George Morton.

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