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Au Liban, la bataille de la justice pour les victimes de l’explosion du port de Beyrouth

A Beyrouth, le 4 décembre. Une femme porte le portrait de son fils, mort dans l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août.

Tania Daou Alam porte le noir. Elle est devenue veuve le 4 août, lors de la double explosion dans le port de Beyrouth, dont le souvenir hante de nombreux Libanais. Son mari, Jean-Frédéric, a été tué sur le coup, quand la baie vitrée du cabinet médical où ils se trouvaient tous les deux a été pulvérisée. Tania a été blessée ; elle porte une cicatrice au front. « La mort violente de Freddy est incompréhensible. Nous étions fusionnels. La vie lui avait réservé des épreuves ; il avait choisi d’avoir la joie de vivre », explique cette mère de deux fils de 15 et 18 ans.

Mohamed Tarchichi a senti la première explosion, « comme un tremblement de terre » ; tout est devenu irréel lors du second souffle, gigantesque. Atteint de plusieurs fractures à la jambe droite, il ne remarchera jamais comme avant ; le jeune homme se déplace avec des béquilles. « Quand je pose le pied, la douleur est immense. Ma vie a basculé avec l’explosion : j’ai perdu ma voiture, l’appartement où l’on habitait, mon travail – tout ça, je peux l’accepter, mais pas d’avoir été touché dans mon corps. » Des larmes coulent.

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A leur douleur et à leur quête de vérité, à celles des autres familles de victimes (plus de 200 morts) et aux milliers de blessés, divers responsables et partis politiques opposent ces derniers jours un spectacle effarant. Attaques contre l’enquête en cours et refus de comparaître se succèdent. Jeudi 10 décembre, le juge Fadi Sawan, chargé de l’instruction, a inculpé le premier ministre démissionnaire, Hassan Diab, ainsi que trois anciens ministres. Lundi, M. Diab a refusé d’être interrogé. Deux des autres accusés, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, membres du mouvement Amal, dirigé par le président du Parlement, Nabih Berri, députés et anciens ministres, devaient à leur tour se dérober à leur convocation, mercredi.

Levée de boucliers

Bien qu’ils soient aux antipodes sur le spectre politique, tant Saad Hariri, premier ministre désigné, que le puissant parti Hezbollah ont participé à la levée de boucliers. M. Hariri, qui avait snobé Hassan Diab, a cette fois volé à son secours, jouant la carte confessionnelle, au nom de « l’atteinte » portée à la fonction de premier ministre, un poste dévolu à la communauté sunnite. Quant au Hezbollah, il a dénoncé un « ciblage politique » contre M. Diab et les autres accusés.

D’autres voix ont renchéri depuis : celles d’anciens premiers ministres ou de Walid Joumblatt, vétéran de la politique. Ces derniers accusent le président, Michel Aoun, d’instrumentaliser la justice – son camp dément – et dénoncent le fait qu’il ne soit pas lui-même inquiété. Comme Hassan Diab, M. Aoun avait été informé de la présence dangereuse dans le port du stock de nitrate d’ammonium, en cause dans la double explosion.

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