Actualités

Amaigri et épuisé, Alexeï Navalny comparaît devant la justice

A Saint-Pétersbourg, le 28 avril.

L’opposant russe Alexeï Navalny est apparu, jeudi 29 avril, amaigri et visiblement épuisé alors qu’il comparaissait en visioconférence à une audience lors de laquelle il a une nouvelle fois dénoncé le système judiciaire de son pays.

Lors de cette première apparition depuis qu’il a mis fin à une grève de la faim de trois semaines, Alexeï Navalny a affiché une mine goguenarde et réfuté les accusations, selon lesquelles il avait insulté un ancien combattant de la seconde guerre mondiale. Le tribunal de Moscou a fixé au 17 mai la date d’une nouvelle audience.

« J’ai été emmené au bain hier (…). Il y avait un miroir, je me suis regardé : je ne suis qu’un horrible squelette », a-t-il déclaré à la cour dans un enregistrement audio diffusé par la chaîne de télévision indépendante Dojd. « Je n’avais pas pesé aussi peu depuis la quatrième », a-t-il ajouté, avant de s’adresser à son épouse Ioulia, présente au tribunal, lui affirmant qu’il avait désormais droit à quelques cuillerées de bouillie d’avoine chaque jour.

Selon l’un de ses avocats, l’opposant a perdu 22 kg depuis qu’il est revenu en Russie après avoir été soigné en Allemagne des conséquences d’un empoisonnement qu’il impute aux services secrets de Moscou.

Des campagnes de « vote intelligent »

Après des semaines d’intenses pressions politiques, l’opposant et ses proches ont, par ailleurs, annoncé, ce jeudi, le démantèlement de son réseau de bureaux politiques régionaux, que la justice russe songe à qualifier d’« extrémiste ». Une telle qualification donnerait aux autorités les fondements juridiques dont elles ont besoin pour condamner les militants du mouvement de Navalny à des peines de prison et pour geler leurs comptes bancaires.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le pouvoir russe entame la liquidation du camp Navalny

« Maintenir en l’état le travail du réseau de Navalny est impossible, cela aboutirait immédiatement à des condamnations pénales pour ceux qui travaillent dans ces bureaux, ceux qui collaborent avec eux et ceux qui les aident », a déclaré Leonid Volkov, un des plus proches alliés de l’opposant, dans une vidéo diffusée sur YouTube. Désormais, les bureaux en question s’efforceront de poursuivre leurs activités indépendamment les uns des autres.

Fondé en 2011 par l’avocat et militant devenu la bête noire du Kremlin, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) est connu en Russie pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir en Russie. La plus retentissante, publiée en janvier, quelques jours après le retour en Russie et l’arrestation d’Alexeï Navalny, accusait le président Vladimir Poutine de s’être fait construire un palais sur la mer Noire. Vue 116 millions de fois sur YouTube, elle avait contraint M. Poutine à démentir personnellement.

Les bureaux d’Alexeï Navalny à travers le territoire russe diffusent également leurs propres enquêtes, mais organisent surtout les campagnes de « vote intelligent » défendues par l’opposant, consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique. Cette technique a rencontré un succès relatif lors de récents scrutins locaux, au cours desquels les candidats du pouvoir ont été défaits ou mis en ballottage. Les militants du réseau d’Alexeï Navalny sont eux-mêmes le plus souvent interdits de participer aux élections.

De nouvelles poursuites

Depuis le retour de l’opposant, les autorités ont intensifié les pressions sur ses partisans. Quasiment tous ses collaborateurs ont été assignés à résidence ou condamnés à de courtes peines de prison et plusieurs ont quitté le pays. Jeudi, son équipe a affirmé avoir découvert que l’opposant, Léonid Volkov ou le chef du FBK, Ivan Jdanov, faisaient l’objet de poursuites qu’ils ignoraient jusqu’à présent.

Alexeï Navalny, 44 ans, est en prison depuis la mi-janvier. Il avait été arrêté à son retour d’Allemagne, où il avait passé près de cinq mois en convalescence pour se remettre d’un empoisonnement, dont il accuse le Kremlin. Au début du mois de mars, il a été condamné à deux ans et demi de prison pour une ancienne affaire de fraude, qualifiée de politique par de nombreuses ONG et les capitales occidentales.

Emprisonné dans une colonie pénitentiaire au nord-est de la capitale russe, il avait entamé une grève de la faim pour dénoncer ses mauvaises conditions de détention. Vendredi, deux jours après des manifestations de soutien, conclues par 2 000 arrestations, il avait décidé d’y mettre un terme au bout de trois semaines.

Le Monde avec AFP et Reuters

Click to comment

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

Most Popular

Retrouvez toute l'actualité française et internationale sur France Actus.

© 2020 FRANCE ACTUS - TOUS DROITS RÉSERVÉS

To Top